‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 9 sur 365 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Avec toi se ranime et s'ouvre à la tendresse. Un sentiment plus doux succède à mes douleurs. Tu souffres, m'as-tu dit? Nous mêlerons nos pleurs , Et libres toutes deux au sein de resclavage, Nous coulerons enfin des jours exempts d'orage.

valAre.

Et j'étais destinée à vous persécuter ! Entre Nîcandre et vous je pourrais hésiter ! Non , croyez les sermens de ma bouche timide : Je jure entre vos mains, charmante Roséide, D'honorer , de servir , d'adorpr la beauté ; De n'employer jamais «ma faiblr autorité Qu'à conduire au bonheUf une femme chérie; Qu'à repousser les traits qu'en vain la barbarie A mis entre les mains d'un inflexible époux. Celle que vous aimez saura veiller sur vous. D'un tyran trop cruel j'arrêterai la rage ; Votre repos enfin deviendra mon ouvrage. Lui-même, rougissant d'outrager tant d'appas....

ROSEIDE.

Ah, plaignons mon époux, et ne Tinsultons pas. Peut-être je devrais n'écouter que la haine ; Il semble le vouloir ; mais la vertu m'enchaine. J'ai pu former ces nœuds , il faut les révérer. Nicandre est mon époux , je n'ai plus qu'à pleurer , Et trop heureuse encore en ma retraite obscure , Quand je suis morte au monde et même à la nature , De lire dans ton sein et de t'ouvrir le mien. Tu pleureras mon sort , je gémirai du tien.

cia IL FAUT CROIRE A SA FEMME.

( Avec le plus tendre intérêt. )

Tu m'apprendras enfin pourquoi ton cœur murmure. A mes yeux attendris découvre sa blessure.... Tu parais hésiter?

V A L è R E , à part.

Que lui dirai-je? Ah! dieux! ' Un seul mot va me perdre ou bien me rendre heureux. Feignons.

ROSéiDE.

Vous vous troublez , vous gardez le silence. Vous voulez ïùe t;rt)mper.

VALÈRE

'• Ah ! ce discours m'offense.

Eh bien ! connaissez donc l'amour et ses fiireurs. Eh ! quel autre que lui causerait mes malheurs ? C'est lui qui ih'égara ; qui me tourmente encore. Il troubla ma jeunesse à peine à son aurore , Et ce dieu que mes maux ne peuvent désarmer, IjCS étend sur l'objet....

ROSEIDE.

Ah ! qu'il est doux d'aimer !

L'amour, je le sens trop , est un besoin de l'ame, Et je suis condamnée à combattre sa flamme.... Eh bien ?

Abandonnée à mon triste penchant , Jusque dans son pays je suivis mon amant. D'un sexe différent les habits ordinaires Servirent à cacher mes projets téméraires. Je servis mon amant.... Oui, l'amour m'exauça.

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