ACTE III, SCÈNE V
LE MARQUIS
Et je l'ai gagnée en galapt homme.
VALVILLE
Cela peut être vrai; mais, sans rien déguiser. Prenez garde, monsieur, qu'on pourrait supposer A cet énorme gain quelque raison secrète.
LE MARQUIS
Vous prétendez,, monsieur....
VALVILLE
IjR prudence m'arrête.
Je ne juge jamais sans de fortes raisons. Je dirai seulement qu'il est des liaisons Dont les dangers sont clairs , qui n honorent personne, Et dont l'issue enfin ne saurait être bonne. L'honnête homme, monsieur, peat jouer quelquefois; Mais il sait se. régler* Il respecte à la fois De ses concitoyens l'honneur et la forJiune ; Loin de les égarer, il plaint leur infortune; Il n'abuse jamais d'un moment de maJOieur , : Ou pour le réparer il consulte spnr îp^ur» C'est à ces traits , monsieur , qu;on.peiit le reconnaître, Et qui pense autrement,^ mes yeux n'est qu'un traître Que l'on doit dénoncer à la société , Comme ennemi des mœurs 6t de la probité..
Je n'imagine pas que^eci me regarde.
L'homme prudent, monsieur, jamais. ne se .hasarde
A risquer l'équivoque , à parler sur un ton
Que l'on ne souffre pas quand on porte un grand nom.
VA.LVILLE.
Je respecte un grand nom ; mais quand on en est digne. Un vain titre flétri me révolte et m'indigne , Et fussiez-vous issu du sang des demi-dieux, Vous trahissez, monsieur, cette foule d'aïeux. Lorsque vous ourdissez une odieuse trame. Dont le succès dépend des larmes d'une femme. Vos menaces, d'ailleurs , ne peuvent m'étonner : Dès long-temps la raison m'apprit à dédaigner Ces réputations par l'audace usurpées , Qui traînent leur mérite au bout de leurs épées.
LE MARQUIS
Vous m'insultez, monsieur, vous m'en ferez raison.
VALVILLE
Oui ; mais il faut d'abord de cette trahison Vous laver , assurer le repos de madame. Nous différons un peu. Quand vous navrez son ame^ C'est son intérêt seul qui m'arme contre vous. Et je défends ici ses droits et son époux.
MADAME DE LIMEUIL , à YalvUle.
Vous ne sortirez pas. Que prétendez-vous faire ? Au destin qui m'attend croyez- vous me soustraire ? 11 veut vous immoler, ce sont là ses plaisirs.... Je ne mérite pas un seul de vos soupirs. Conservez votre sang dont une autre est jalouse ; Vous ne me devez rien , vivez pour votre épouse ; Laissez-moi mourir seule, et ne m'exposez pas A pleurer sur un fils expirant dans mes bras.
V A L V I L L E , au marquis.
Finissons. Vous avez des billets ?