ACTE III, SCÈNE V. i
LE MARQUIS
Mais.... j'espère Que la précaution est assez nécessaire.
VALVILLF.
De semblables billets sont proscrits par la loi ; L'honneur les reconnaît , et c'est assez pour moi : Son intérêt sacré se réunit au vôtre.
(Bas.)
Arrangeons cette afTaire , et nous finirons l'autre. Avez-vous les effets?
LE MARQUIS
Non , je les ai laissés y En passant, à l'hôtel.
VALVILLF.
Quant à vos déboursés, Je les paîrai comptant ; c'est, je crois, peu de chose. Pour le reste, voici ce que je vous propose : De solder en quatre ans, et j'engage mon bien ; Mais à condition que vous n'en direz rien.
MADAME DE LIMEUIL, transportée de joîe.
Ah ! je bénis le jour qui vous joint à ma fille ! Vous conservez la vie à toute une famille.... Vous êtes mon sauveur.... vous me rendez l'espoir.
Obliger ses parens, madame, est un devoir.
(Au marquis.)
Eh bipn , consentez-vous ?
LE MARQUIS
Non , monsieur. La prudence Me permet tout au plus, dans cette circonstance, IX. i3
D'accorder quatre jours.
( Madame de Limeail retombe sur son siège. ) VALVILLE.
L'effort est généreux!
C'est votre dernier mot?
LE MARQUIS
Jamais je n'en ai deux.
VALVILLE
Puisque mon amitié ne peut sauver madame, Soyez témoin du coup qui va lui percer l'ame.
(Bas.)
Nous nous verrons après.
LE MA RQUIS.
Je l'entends bien ainsi.
VALVILLE, peiné.
Un pénible devoir m'avait conduit ici , Et j'ai conçu d'abord la flatteuse espérance
D'apaiser votre époux, de garder le silence
Puisque monsieur l'exige , il faut enfin parler. Il ne m'est plus permis que de vous consoler. L'arrêt est prononcé. Recevez cette lettre.... C'est monsieur de Limeuil qui vous la fait remettre.
MADAME DE LIMEUIL lit, laisse tomber la lettre en jetant
un cri.
Ah ! mon dieu !
valvilIe.
Quel destin ! sans doute il est affreux , Et nous partageons tous son état douloureux.
( Au marquis. )
Prenez, monsieur, lisez, et voyez votre ouvrage.