SCENE X
M. ET Madame de LIMEUIL, VALVILLE, ANGÉLIQUE, Le MARQUIS, d«is i« fond du
théâtre.
ANGÉLIQUE
Ne pensons plus, mon père, à cet heureux moment : Tout l'éloigné à la fois. Votre état alarmant, Le danger de monsieur, les peines de ma mère, Et la décence enfin veulent que l'on diffère Un jour qui sans partage appartient au bonheur: Celui qui nous éclaire est fait pour la douleur. Dissipez avant tout ce présage funeste ; Cédez à mes désirs , mon cœur fera le reste.
( Lai rendant sou contrat de mariage. )
Je VOUS remets vos dons, ils sont tous annulés. Qu'ils acquittent madame , et mes vœux sont comblés. Le temps, l'économie et votre expérience Relèveront vos biens , et par notre constance Nous attendrons enfin , sans peine et sans effort, Le moment précieux de fixer notre sort. Notre félicité n'affligera personne, Et le bonheur commun formera ma couronne (*).
DE LIMEUIL
A de pareils moyens je ne peux recourir. Le mal est sans remède ; il faut laisser souffrir Ceux qui l'ont mérité. Ce noble sacrifice ,
* Allusion au chapeau de mariée.
aoo LA JOUEUSE.
Si je l'autorisais, serait une injustice : Jamais à vôtre père on n'en put reprocher. De vous unir ce soir rien ne doit l'empêcher; Il suivra son projet , et son cœur équitable Ne sacrifiera pas l'innocent au coupable.
LE MARQUIS, s'approchant.
Je n'y résiste plus, il faut enfin parler. Ses fautes sont de moi , je dois le révéler. Elle coupable! non; madame ne peut l'être. A vos yeux prévends elle a dû le paraître ; Mais l'apparence abuse , et vous en conviendrez Facilement, monsieur, quand vous me connaîtrez. De vos communs malheurs l'amour est l'origine. Mon aveugle penchant prépara sa ruine.
J'ai connu sa faiblesse, et je l'ai fait jouer. J'attendais le moment, j'ose vous l'avouer. Où la raison s'égare , où le malheur la dompte. Mes persécutions n'ont tourné qu'à ma honte. Je rougirais ici de mes lâches efforts , Si l'on ne s'honorait en réparant ses torts. Recevez ses billets que je crains de lui rendre : C'est de vos mains , monsieur , qu'elle doit les reprendre.
(M. de Lîmeull refase les billets, le marquis les dé<;hire. )
Et puissent mes regrets , mes pénibles aveux , Dans le sein de la paix vous réunir tous deux ; Vous faire de l'hymen goûter encor les charmes. Oubliez le passé; pardonnez-moi ses larmes. Si vous m'en croyez digne et si vous le pouvez. Jlendez-lui votre estime , et vous la lui devez.