ACTE III, SCENE X
ANGÉLIQUE
Vous ne punirez pas une erreur passagère. Son cœur est innocent ; pardonnez-lui , mon père.
Y A L y I L L E , à monsiear de Limeuil.
Vous pouvez d'ifn seul mot faire bien des heureux : Je tombe à vos genoux.
ANGÉLIQUE, à genoux.
Nous y sommes tous deux>
LE MARQUIS
^ Je lis dans votre cœur : il brûle de se rendre. Sa bonté vous trahit; pourquoi vous en défendre?
DE LIMEUIL
Qu'on désarme aisément l'époux qui s'attendrit ! Oui , l'on peut oublier les fautes de l'esprit. Je sens qu'il est cruel de frapper ce qu'on aime, • Et qu'en lui pardonnant on fait grâce à soi-même. Ne pensons plus aux maux que nous avons soufferts. Viens, mon cœur et mes bras te sont toujours ouverts.
( Madame de Limenil se jette dans ses bras. ) LE MARQUIS.
Mais il me reste encor quelqu'un à satisfaire.
(AValvîUe.)
Vous avez fait, monsieur, ce que vous deviez faire. Fidèle à la nature et sensible à l'honneur, ^
Ces sentimens en vous trouvent un défenseur : Un triomphe odieux n'a plus rien qui me tente. Je respecte un bon fils ; je ménage une amante. Nous ne sommes pas faits pour rester ennemis , Et vous me compterez au rang de vos amis.
VALVILLE
Vous m'avez prévenu ; je veux être le vôtre , Et ce noble retour vous assure du nôtre.
£>E LIMEUIL,aii marquis.
Le mariage fait, monsieur, nous compterons. Je vois, avec plaisir, que nous nous aimerons. Vos derniers procédés sont d'un homme estimable*
( A madame de limeoil. )
Pui^e ce jour d'épreuve , à jamais mémorable , Etre toujours présent à votre souvenir ! Que ce jour de douleur vous fasse enfin sentir Qu!il faut à la vertu joindre encor la prudence; Qu'on se perd à jamais par une inconséquence; Qu'un siècle séduisant distille le poison ; Qu'on ne peut s'en sauver qu'à force de raison ; Qu'on succombe souvent à ^a coupable adresse , Et qu'il confond toujours le crime et la faiblesse.