ACTE I, SCÈNE X. a3i
( Eni^isageant Julie, ) Mademoiselle, son empressement ne m'étonne plus ; vos yeux le justifient.
JULIE
Mes yeux, monsieur?
Je te sais bieii bon gré de n^'avoir conduit ici; mais j'ai à me plaindre de toi. Comment ! tu possèdes un objet charmant, et depuis trois grands mois que nous nous connaissons, tu me l'avais caché! Oh, cela n'est pas bien. Mademoiselle, recevez au moins l'assurance de mes regrets. On ne peut vous voir sans être fâché de ne vous avoir pas vue plus tôt.
JULIE
Monsieur... En vérité.... (A part. ) Je ne sais que lui dire, à celui-ci.
d'eLMOWT, bas à Verville.
N'est-il pas vrai, mon ami, qu'elle est charmante?
VERVILLE
Oui , mon ami , charmante , c'est le mot. Mais je suis peut-être entré au moment intéressant de la conversation. Quelque plaisir qu'on trouve auprès, de vous, mademoiselle, si je suis de trop, je me retire^ Il est des sacrifices qu'il faut faire à l'amitié.
JULIE
Mais.... je....
VERVILLE
Mademoiselle ne répond-elle jamais que par monosyllabes? Il est bien doux de la voir; mais il faudrait aussi l'entendre. Serait-ce un excès de timidité qui tiendrait cette jolie bouche fermée? Il faut
a3i L'ORPHELINE.
vous en défaire. Je n'ai pas encone de droits bien réels à votrç confiance^ mais cela viendra dans peu, je Tespère, et vous n'aurez plus avec moi cette réserve affligeante. Allons, ma belle enfant, mettezvous à votre aise : je ne crois pas mon aspect fort imposant.
T ÏJ M E.
Vous avez raison , monsieur. ,
. VERVILLK.
£Ue est naïve, au moins. C'est une ;£leur nouvellement sortie des mains de la nature; mais qui a besoin d'être cultivée. Heureux le mortel que vous jugerez digne d'opérer votre métamorphose ! C'est la ohbre maman qui s'est chargée jusqu^ici de son éducation : je le vois à cet air excessivement décent. Mais , mademoiselle , un pareil précepteur ne vous convient plus : chaque chose a ^on temps. Vous m'entendez ?
JULIE
Non, monsieur; mais je vais rendre à madame la comtesse d'Ëlmont ce que vous m'avez feit l'honneur dc' me dire, et apprendre d'elle, la manière dont je dois répondre à des pliaisanteries qu'on ne s'était pas encore permises avec moi.