ACTE I, SCÈNE XL a
d'èlmônt.
' Tti as été trop vite, mon ami. Je te prie de la ménager davantage.
VER-VILLE
Ah ! fripon , vous m'avez bien l'air de vouloir être son unique instituteur.
d'elmoitt.
Je t'avoue qu'elle m'est infiniment chère.
verville:
Et où en es- tu avec elle ?
d'elmont.
J'espère m'en faire aimer avec le temps.
VERV1LLE.
Charmante perspective , en vérité ! Tu vas donc brûler d'une belle passion , sur l'espoir d'un retour incertain , qu'on aura peut-être encore la cruauté de te cacher?
d'elmont.
Mais que veux-tu que je devienne ?
VERVILLE
Heureux , mon ami , heureux. C'est par là qu'il £aut commencer. '
d'elmoivt.
J'attenterais à son innocence ! Je n'ai pas encore osé en concevoir l'idée.
VERVILLE
Il est donc fort heureux que je sois venu ici pour te la donner.
d'elmoivt.
Tu trouveras bon que je la rejette.
234 • L'ORPHEUNE,
VERVILLE
Comme tu voudras. Mais crois-tu que tout le monde se piquera d'une semblable délicatesse ? Tu m'as déjà parlé d'un comte de Valbourg : c'est un égrillard ; je sais de ses nouvelles. On m'a dit qu'il avait fait des siennes autrefois. Il est vrai qu'il est un peu mûri depuis ce temps-là ; mais le diable esjt si fin , et une vertu de quinze ans est si faible !
d'elmont.
Ah! marquis, qu'oses-tu dire? Julie est aussi sage qu'elle est belle, j'en suis certain. Pour le comte, il m'avait vivement inquiété ; mais Julie vient de me rassurer.
VERVILLE
Comment cela?
d'elmont.
Elle m'a protesté qu'elle ne l'aime pas.
VERVILLE
D'après cela , tu dois être tranquille. Ces petits êtres-là ne trompent jamais.
P ELMOWT.
Puis-je soupçonner qua son âge....
VERVIRLE.
Innocent ! Son âge ! en fait d'intrigue , une femme est toujours majeure.
D ELMONT.
Tu n'as pas du sexe une idée bien avantageuse. Mais, mon ami, il est d'heureuses exceptions....
VERVILLE
Oui , mon ami , et tu ne dois pas douter que la nature n'en ait fait une en ta faveur.