ACTE II, SCÈNE VU. 34i
MADEMOISELLE DIS, KERSALEC.
Je vais vous expliquer , monsieur , le stratagème qu a imaginé Jérôme.
Et moi , mademoiselle , je ne veux rien savoir. Je vous ai offensée tantôt; j'ai conçu depuis des soupçons que mon cœur a aussitôt désavoués, et dont je vous vengerai par un respect, par une modération....
MADEMOISELLE DE KERSALEC.
Non , monsieur, ma réputation veut que vous soyez instruit d'avance : écoutez-moi.
FABRICE. '
Je ne veux rien savoir , vous dis-je. Vous prodiguer mon estime et ma confiance , voilà mon devoir ; tant pis pour vous, si vous manquez aux vôtres.
MADEMOISELLE DE KERSALEC.
Quoi qufi vous disiez, il faut absolument....
FABRICE
Qu'avons-nous besoin de ruser, quand nous pouvons invoquer l'autorité des lois?
.MADEMOISELLE DE KERSALEC.
Je ne vous ai pas promis d'employer ce moyen-lh.
FABRICE
Hé ! tant pis, mademoiselle, si vous vous y refusez; c'est le plus court....
JEROME
Ce n'est pas le moment de jaser ; je vais le conduire dans ma loge , et je le mettrai au fait de tout. Nous réussirons sans plaidoierie , et mon stratagème ne fera de mal à personne. ( ^4 Fabrice. ) Soyez tran-
34u LE M4RCHA.NI> PROVENÇAL.
quille ; d'abord , mademoiselle vous aimé de tout son cœur.
MADEMOISELLE DE KEKSALEC. '
Ah! Jérôme....
JEROME
Oui, mademoiselle, vous me l'avez- dit, et monsieur mérite de le savoir : c'est un brave hpmme. Pour monsieur de Forfanville , il donne à plein collier dans le panneau. Un vieillard amoureux....
FABRICE
Perd la tête, et fait divorce avec la raison.
JEROME
Vous m'avez plu au premier coup d'œil , et je suis charmé de faire réussir vos bonnes intentions.
FABRICE
Tiens, mon ami^ ma bourse est à toi. Tu te recules ? Ne me reftise pas , tu me ferais de la peine.
JÉRÔME
Monsieur , on paie un valet , et on n'abaisse pas un honnête homme qui nous oblige. Suivez-moi.
FABRICE, Tembrassant.
Pardon , mon ami , pardon , je n'ai pas voulu t'humilier. Tapprends que l'homme est ce qu'il veut être, et qu'il ne se dégrade japiais involontairement.