SCÈNE L
VERNEUIL PÈRE assis, VERNEUIL-FiLs.
YERNEUIL, père.
Non, monsieur, non, je n'en entendrai pas davantage. Vos réflexions ne rendent pas la faute de votre frère moins grave , et je n'en suivrai pas moins mes projets.
VERNEUIL fils.
Mais, mon père...
VERNEUIL père.
Mais, mon fils, il n'y a point d'erreur qu'on ne puisse colorer avec un peu d'esprit. D'ailleurs vos instances me fatiguent : faites-moi grâce de ce que vous pourriez ajouter encore.
VERNEUIL fils.
Me faites- vous un crime de mes prières ? Voudriezvpus....
VERNEUIL père.
Non, je ne blâme pas, j'en conviens, le sentiment qui vous a conduit vers moi. Votre frère a toujours des droits à votre amitié, et vous avez dû prendre sa
4a.i CHARLES ET CAROLINE.
défense; mais ce frère, rebelle à mes volontés , insensible à mes menaces , passant du désordre à la misère , et n'ayant plu9 qu'un pas à faire pour tomber dans l'avilissement, votre frère a éteint en moi tout sentiment de tendresse; enfin, mon fils, vous venez de faire votre devoir, et je ferai le mien.
VERNEUIL fils.
Quoi ! décidément; nuiqsieur, vous allez vous armer contre lui, solliciter la cassation d'un mariage...
VERNEtJIL père.
Je ferai mieux,, ix^onsieyr, je l'obtiendrai. Votre frère ne ip^ pas cojisulté pour se livrer à son fol ap^our. Il i^'igipoirait pas cependant qu'il était sous ma dépendance ; il connaissait les lois. A^t-il cru que je n'en réclamerais pas l'appui? S'est-il flatté d'écliapper à leur vengeance? Yous flattez- vous, vous-iîiême, qu'oubliant les obligations de mon état , renonçant au fruit de trente ans de soins et de travaux , je partagerai enfin les égaremens de votre frère par une indulgence criminelle?
YERPTEUILfils.
Vous le jugez bien sévèrement, mon père, si vous pensez...
VERNEUIL père.
Jeune homme, si jamais vous êtes père, vous ap- ])rendrez peut-être ce qu'il en coûte à un bon cœur pour en déchirer un autre. Vous ne soupçonnez pas ce qui se passe dans le mien ; mais je suis comptable de ma conduite à tous les pères de famille , à tous les amis de l'ordre, qui, dans ce moment, ont les yeux