SCÈNE III
IfICANBRE.
A contraindre les cœurs! Je dois, monsieur le sage,
A vous entendre, avec ce doucereux langage,
IVFinquiéter fort peu du lien conjugal ,
Et, content de ma femme, ainsi que d'un rival,
Des maris complaisans étudier le code ,
Et me mettre au courant des époux à la mode.
Par tous nos jeunes gens je serais admiré;
De leur foule indiscrète , à toute heure entouré ;
Cela serait très-bien; oui, mais dans cette vie.
Sachez que, parmi nous, chacun a sa manie :
Je veux que ma moitié n'existe que pour moi ;
Au défaut de l'amour, je règne par l'efFoi.
Je ne m'abuse point, je connais, au contraire.
Des époux surannés le destin ordinaire.
Enfin, lorsqu'à vingt ans, avec de la douceur.
Les dons les plus heureux , un esprit enchanteur ,
Un mari complaisant, libéral et fidèle,
Peut à peine six mois plaire à sa tourterelle.
Prétendez- vous , mon cher, qu'à soixante et quatre ans
Je captive une femme à peine en son printemps!
Quand sur nos fronts ridés le temps marque ses traces,
L'homme mort à l'amour doit rompre avec les Grâces.
Je me suis oublié, j'ai formé ce lien.».
LÉAIIIDRE«,
La vertu....
MGAXDRE.
TTest qu'un mot dont je n'espère rien.
C'est sous un joug de fer....
LEANDRE
. . Quel préjugé barbare!
Connaissez* vous les maux qu'un jaloux se prépare? Passer de la tendresse à Tinhumanité; Encourager sa femme à l'inSdélité; Par son malheur la rendre en sa faute excusable ; Toujours de plus en plus , à son égard coupable , Adorer sa victime en lui perçant le cœur; Rendre ses jours affreux, charger les siens d'horreur; Se voir haï des uns et méprisé du reste, D'un abas criminel voilà l'effet funeste.
INTIGAICOKE.
Vous êtes-vous flatté qu'en condamnant l'époux Sa facile moitié s'enflammerait pour vous? Je suis majeur, je crois. Quoi qu'on fasse et qu'on dise. Trouvez bon, s'il vous plaît, que je vive à ma guise.
LEANORE.
Mais le sage, monsieur...
NICANDRE
Je méprise ses lois.
Mon hymen m'a donné d'incontestables droits; Je les ferai valoir. Que m'importent l'usage Et les Ëiifales maris qu'à leurs yeux on outrage? J'éviterai leur sort. Malgré les mœurs du temps. Vous verrez une femme ignorer les amans. Je suis loin cependant de la folie extrême De croire qu'un époux soit aimé pour lui-même.
LiANDRE.
Le devoir le prescrit.