SCENE III
N1CANDR£.
Ah! qu'il serait plaisant DHnspirer à mon âge un tendre attachement !
LÉANDRE
Votre femme a juré....
nigàwdre.
Chansons, serment de forme; Mais qu'emporte le fond , nulle ne s'y conforme. Sous les lois de l'hymen quand on coule ses jours, On doit de sa moitié se défier toujours.
LÉANDRE
Mais je ne conçois rien à votre jalousie.
Vous la portez ici jusqu'à la frénésie.
Et lorsque vous av^z crié, juré, pesté.
Vous êtes tout à coup d'une sécurité !
Tendre avec votre femme, et par un doux langage...
NICANDRE
Je veux la consoler du chagrin d'être sage.
Je sais trop que la femme , assez encline au mal ,
N'a pas un grand respect pour le nœud conjugal .
Avare de bienfaits, l'économe nature
Joignit à ses attraits un grand goût au parjure.
Ce sexe a toujours eu besoin de caution.
Et pour moi, la plus sûre est la précaution.'
LÉANDRE
Le bonheur des époux doit naître de l'estime. Une femme, à bon droit, déteste qui l'opprime. L'amour peut-il paraître où règne la douleur? Roséide déjà sent au fond de son cœur Que votre douceur feinte est pour elle fondée
Sur tous les surveillans dont elle est obsédée , Et rougit de vous voir, en vos transports jaloux , Moins croire à sa vertu qu'au pouvoir des verroux.
NICAWDRE.
Plus une jeune femme a d'attraits , de mérite ,
Et plus un mari doit éclairer sa conduite.
La mienne est dans le cas : j'ai voulu l'épier,
Et lui cacher les yeux qui la vont surveiller.
Il fallait qu'en sa duègne elle vît une amie
Riant et de mes soins et de ma bonhomie ;
Non de ces vieux argus, aigres, toujours grondant,
Qu'on devine d'abord et qu'on trompe aisément.
Celle que j'ai choisie a toute sa jeunesse;
Certain air de douceur qui vous cache une adresse t
De petits yeux fripons, certain regard malin.
Qu'à surprendre je donne à l'amant le plus fin.
On ne fait pas ainsi naître de défiance.
De ma femme elle aura .toute la confiance;
Elle la chargera de ses tendres poulets ,
Et je saurai par là jusqu'aux moindres secrets.
Comme dans un miroir je verrai dans son ame !
iFeignant de partager les ennuis de ma femme,'
Et la trompant ainsi , sous un dehors flatteur ,
Finette trouvera le chemin de son cœur.
Ainsi vous permettez qu'une duègne cruelle Aggrave encor les maux d'une épouse fidèle , Et vous l'autorisez ! N'aviez-vous pas promis Que le jour oîi tous deux on vous verrait unis, Serait marqué du sceau de votre complaisance.