‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 294 sur 365 · VERNEUIL PÈRE, BAZILE, CHARLES · texte numérisé non relu

VERNEUIL PÈRE, BAZILE, CHARLES

B A ZI L £ , entraînant Charles vers son père.

Le v'ià, monsieur, repoussez-le, si vous en avez le courage.

CHARLES, se jetant anx pieds de son père.

Mon père!

VERNEUIL père , se cachant le visage.

Laissez-moi , laissez-moi.

CHARLES

Vous me rejetez de votre sein! Mon père! que vous ai-je fait?

VERNEUIL père , se tournant vers son iils.

Ce que lu m'as fait, cruel enfant! Tu oses me le demander!.... Dans quel état je lé revois!.... Portant les livrées de la misère, manquant de tout, peut-être... Ah ! Charles ! Charles !

CHARLES

Mon père, mon digne père!

VERNEUIL père.

Viens-tu aggraver mes chagrins, ou viens-tu les effacer? Mon cœur saigne en te revoyant. Je ne peux supporter cet aspect qui me tue. Tu me connais , ingrat : dis uj|i mot, et mes bras te sont ouverts.

CHARLES

Ordonnez, mon père. Je vous respecte: je fais plus, je vous aime tendrement. Il m'est affreux de vivre IX. q8

loin de vous. Que ne ferais-je pas pour regagner votre tendresse! Ordonnez, ordonnez. Je suis prêt à vous sacrifier tout, tout, excepté la nature et l'honneur.

VERlVEXriL père.

Charles, tu vois ma faiblesse : j'aurais voulu en vain te la cacher. J'ai imposé silence à Ion frère, j'ai résîlslé à ton ami; mais mes forces sont épuisées, et je me montre tel que je suis. Je ressens à la fois tes douleurs et mes peines. Leur réunion est trop forte ; je ne puis la soutenir. Mon ami, aie pitié de ma vieillesse; ne me fais pas descendre au tombeau avant le temps; ne m'oblige pas à m'armer contre mon sang, à faire retentir les tribunaux de mes plaintes, à t'accabler enfin, quand tu peux te rendre encore. Vois mes larmes; elles coulent devant toi, et je n'en rougis point : c'est un tribut que m'arrache la nature, et tu n'y seras pas insensible.

CHARLES

Malheureuxl qu'ai-je fait ? Tai porté la mort dans le sein de mon père. Mon père, pardonnez-moi.

VERNEUÎL père.

Ah! qu'ai-je désiré, que de pouvoir t'absoudre?

BAZILE

Vous le voyez, m's amis; dans ce monde i' n' s'agit que de s'entendre.

CHARLES

Livrez-vous à toute votre bonté, mon père; reconnaissez ma femme, adoptez mon enfant.

VERNETJIL père , se détournant.

Je ne le puis, je ne le puis.

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