ACTE III, SCENE IIL /ilii
doutiez pas. Oui, monsieur, i' a un enfant, beau comme l'amour, et qui vous ressemb' comme deux gouttes d'eau.
VERNEUIL père , avec émotion.
C'est assez , mon ami , c'est assez.
BAZILE
Non, monsieur; je n'aurons pas de cesse que je n' vous ayons abattu tout-à-fait. Vous vous attendrissez, c'est une bonne marque. Allons, morgue, vienne un bon rémora ; que j'ayons la gloire de remettre le père et le fils dans les bras l'un d' l'autre. Dites tant seulement , yî^ li pardonne^ et i' tombe à vos pieds.
Il est ici!
BÂZILE^ à deml-volx.
Oui, monsieur, il est ici, et c'est nous qui l'y avons amené. T craignait d'y venir, mais je li avons répondu d' vous.
VERWEUIL père.
Il craignait de venir! Ah! il sent trop combien mon ressentiment est juste.
BAZILE
Oui, monsieur, vot' ressentiment est juste, je n'en disconvenons pas ; mais à tout péché miséricorde. Vous aviez un père, autrefois; n' a' vous jamais eu besoin de son indulgence? Ne vous a-t-il jamais rien pardonné? Mettez la main sur la conscience, mon-r sieur; traitez l's'autres comme vous avez été ben aise qu'on vous traitît vous-même. Charles n'a manqué que parce qu'il a le cœur bon ; n'y a pas de quoi i' eu
43t2 CHARLES ET CAROLINE.
vouloir toute la vie. Queu plaisir d' pardonner à son fils ; d'adopter une famille qu'est si digne d'être heureuse! Queu doux momens vous pouvez vous procurer! Il ne sera pas r'tardé davantage; j'va chercher vot' fils, et vous n' me dédirez pas.
VERNEUIL père , avec efFort.
Gardez-vous-en .bien ; je vous le défends.
BAZILE
Comment, monsieur!...
VERNEUIL père, avec une tendresse qa'il s'efforce dé dissimuler.
Je ne veux pas le voir.... Je ne veux pas le voir i , mon cœur lui est à jamais fermé.
BAZILE
Queu qu' c'est donc q' ces cœurs d' qualité , où qu' l'amitié va et vient à commandement! Vous n'aimeriez pas Charles, et vous êtes son père? C'est impossible, ça, monsieur. Quoi, quand j' l'avons secouru, nous qui ne lui sommes rien, qui ne Y connaissions pas, qui n'en avions pas seulement entendu parler, vous n' seriez pas honteux de vous montrer père sans naturel, et d'ajouter, à ce que souffre déjà c' pauvre garçon, l' fardeau de vot' inimitié ! Une haine éternelle est indigne d'un honnête homme, et on n' doit pas frapper 1' faible qui demande grâce... Mais, non, monsieur, non, vous ne persévérerez pas dans de pareils desseins. Vous avez trop compté sur vos forces : en faudrait de surnaturelles pour résister à un enfant repentant et soumis. Viens, Charles, viens, mon camarade ; encore un efFort, et tout est réparé.