SCÈNE V
Peut-être je devrais n'écouter que la haine ; Ses procédés du moins.... mais le devoir m'enchaîne : Tai pu former nos nœuds , je dois les révérer. Nicandre est mon époux, je n'ai plus qu'à pleurer. Ah! je suis trop heureuse, en ma retraite obscure, Quand je suis morte au monde , et même à la nature. De lire dalis ton cœur et de t'ouvrir le mien. Tu pleureras mon sort; je gémirai du tien. Tum'apprendras pourquoi ton cœursouffreetmurmure. Ne me fais pas languir, l'amitié t'en conjure ; Dépose dans mon sein...
VALÈRE
Que lui dirai- je ? Ah ! dieux!
Un seul mot peut me perdre ou va me rendre heureux.. . Il n'est pas temps, feignons...
ROSEIDE.
Ce trouble... ce silence.. • Voudrais-tu m'abuser?
Ah! ce soupçon m'offense.
Eh bien, connaissez donc l'amour et ses fureurs. Eh! quel autre que lui causerait mes malheurs? C'est lui qui m'égara , qui me tourmente encore ; Qui troubla ma jeunesse à peine à son aurore, Et ce dieu , que mes maux ne peuvent désarmer, Les étend sur l'objet...
ROSEIDE.
Ah ! qu'il est doux d'aimer !
L'amour, chère Finette, est un besoin de l'ame : Et tu te vis forcée à combattre ta flamme?
6o LE JALOUX CORRIGÉ.
VALÈRE
Hélas ! entièrement livrée à mon penchant , Je pénétrai Tasyle où vivait mon amant. D'un sexe différent les habits ordinaires Servirent à cacher mes projets téméraires. Je suivis mon vainqueur, et l'amour m'exauça. Par des soins assidus mon ardeur s'annonça : Pour un cœur amoureux est- il rien de pénible ? A mon zèle, à mes soins, mon amant fut sensible. J'en obtins ces égards , ces marques de bonté Dont un cœur bien épris fait sa félicité. Mon amour, en un mot, allait jusqu'à l'ivresse ; Mais si j'eus ses transports, j'eus sa délicatesse. Ardent jusqu'au délire, et jamais indiscret. Il fut toujours couvert du voile du respect. D'un regard mon aipant faisait ma destinée.
ROSëIDE, le pressant dans ses bras.
Eh bien, et cet amant ne t'a pas devinée ? Au-devant de ton cœur le sien ne volait pas ?
VALÈRE
Quelquefois l'amitié me pressait dans ses bras... Jugez de mon transport...
ROSÉIDE.
Il devait être extrême.
VALÈRE
Je craignais que mon feu ne me trahit lui-même.
ROSIÉIDE.
Eh, pourquoi t'obstiner à cacher ton ardeur? Que ne lui laissais-tu lire au fond de ton cœur?