‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 52 sur 365 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

YALCOURT.

Je pourrais vous prouver....

DUPRÉ

L'existence du bien?

Cessez donc de défendre un absurde système. J'interroge mon cœur, c'est mon juge suprême. Et les plats argumens de la «froide raison, '

Pour, gagner mon esprit, ne sont plus de saison. Malgré tous vos efforts, je cède à l'évidence. Je ne vois en tous lieux qu'erreur, extravagance, ' Malignité, fureur, et, physique ou moral. Dans ce triste univers, je .sens que tout est mal.

VALCOURT

Moi ,»je ne conçois rien à l'aveugle manie Qui depuis si long-temps tourmente votre vie. Avec tant de moyénsf, de couler d'heureux jours. Et vraiment fprtjuné., vous vous plaignez toujours.

DDPRÉ.

Vous me croyez heureux ! Mais il faudrait , pour l'être , De mes justes transports pouvoir me rendre maître; D'un œil indifférent voir souffrir les humains; De leurs persécuteurs seconder les desseins ; De tant de parvenus approuver l'impudence ; Avec lin cœur d'airain repousser l'indigence, Et d'erï?cur en erreur parvenant aux forfaits, Imiter ces mortels .qui n'ont rougi jamais. Non, qui peut se livreir«à ce désordre- insigne, Du titre d'honnête homme est à jamais indigne. Sous les traits du .méchant dussé-je être abattu, Je, brave le perveri, jet .cède à la vertu, —

VALCOURT

Mais elle existe donc, cette vertu sublime,

A qui vous prodiguez vos vœux et votre estime ?

Elle existe, monsieur; mais son culte est éteint. Son front défiguré , son langage contraint. Le vice est triomphant dans Te siècle où nous sommes^ Et, malgré sa laideur, c'est l'idole des hommes.

VALCOURT

Mais quel nouveau sujet excite ce courroux ? Vous parliez ce matin d'un air tranquille et doux.

DU PRÉ

Un incident fatal a rouvert ma blessure , Et je n'ai plus qu!horreur pour toute la nature. Ecoutez-moi. Je sors pour calmer mes ennuis; Je marchais au hasard, rêvassant, indécis..... J'entepids des cris perçans; j'approche, j'examine.... Deux enfans presque rius; leur douceur enfantine, . Leur mère dans les pleurs , rien ne peut désarmer , Un créancier cruel qui va les opprimer. Tout annonçait en lui l'excessive opulenZ$e.... Il voyait leur misère avec indifférence; Leur état douloureux excitait son mépris.... . Mes pleurs coulaient déjà, mes regaixls attendris S'attachaient tour à tour sur la mère et ses filles. Je sauverai , disais-je , une de ces familles Qui tombent tous les jours sous les coups du plus fort , Et du moins aujourd'hui j'adoucirai mon sort. La mère me regarde, et voit couler mes larmes; Dans mon sein palpitant vient cacher ses alarmes;

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