SCENE VI. 9f
Me montre ses en&ns , implore mon secours ;
Remet entre mes mains son destin et leurs jours ;
Me supplie à genoux de ménager leur père ,
Et croit en ce moment voir un dieu tutélaire.
Vos maux seront, lui dis-je, effacés par ma main.
Jamais les malheureux ne m'implorent en vain :
Je vais payer. Alors ce créancier barbare
Ose approcher de moi, tend une main avare,
Et reçoit, sans frémir , ce malheureux métal
Qui tient tout asservi sous son pouvoir fatal.
Vous êtes, me dit-il, dupe de ce manège!
C'est ainsi que ces gueux trouvent qui les protège.
Les propos de cet homme allument mon courroux.
On ne vous doit plus rien , criai-je , éloignez-vous ,
Et laissez respirer cette triste victime,-
Que votre barbarie entraînait dans l'abîme.
Il sort en me lançant un regard furieux.
Mais quel autre tableau se présente à mes yeux!
La mère est à mes pieds, et sa bouche est muette ;
Un coup d'œil expressif est son seul interprète;
Elle presse mes mains , les porte sur son cœur ;
Elle voudrait parler.... Une horrible pâleur
A chassé de son front son ame défaillante....
Je veux la relever.,., elle tombe mourante.
Je vais.... je viens.... j'appelle, éperdu, plein d'effroi.
Et pour la secourir je ne vois près de moi
Que deux infortunés qui vont perdre leur mère ,
Et sur qui le destin épuise sa colère....
On accourt à mes cris, et des soins bienfaisans
Lui rendent à la fin l'usage de ses sens ,
Et de sauver ses jours me laissent Tespérance. Pour mol, je me dérobe à sa reconnaissance; Je m'éloigne, à grands pas^ de ce lit de douleur, Et reviens me livrer à toute mon humeur.
VALCOURT
Oubliez-la plutôt, monsieur : votre existence Est marquée en ce jour par votre bienfaisance. Si la vie est un ms^l, oi^ peut ainsi jouir Du plaisir consolant de savoir radoucir^
DUPRÉ
Si le bonheur n'était igi être fantastique.
Il ne serait, pour moi , qu'une ressource unique
Contre les noirs chagrins, qui dévorent mon Cjûeur.
Ce serait des humains d'être le bienfaiteur ;
De tarir de leurs maux la source renaissante;
Calmer leur propre, rage et la rendre in(]puissante.
Mais jamais les mortel^ peuvent-ils être heureux!
On les. voit opprimés dès qu'ils sont vertueux;
Le vice corrompt tout, et l'altière opulence
Ecrase de son poids l'honorable indigence.
En vain l'homme pensant voudrait la secourir :
Tout être infortuné finit par s'avilir.
Je distingue pourtant de la classe commune ,
Ceux dont j'ai ce matin corrigé la fortune.
Ils sont vraiment aimés, on m'en a 4it du bien,
fit pour les secourir je n'épargnerai rien.
Ils ont des qualités; l'épouse est douce, belle;
Son époux la chérit, et paraît digne d'elle.
Il est, dit -on, placé chez un original
Qui lui donne très-peu , qui le traite assez mal ,