SCENE VI
Et qui de ses revers est la première cause.
Cet homme , assurément , doit valoir peu de chose ;
Mais je lui parlerai; je saurai 4*attendrir;
De son inaction je le ferai rougir.
VALCOURT
Si de votre dégoût vous vous rendez le maître, Vous connaîtiiez bientôt tout le prix de votre être. Vous ne verrez enfin que des cœurs satisfaits Jouir de votre ouvrage, et bénir vos bienfaits.
DUPRE.
Peut-être, je serai trompé dans l'apparence. Serai-je convaincu de leur reconnaissance? Irai^je en exiger dé pénibles combats
VALCOURT
U est toujours flatteur de faire des ingrats.
Dans leur nombre, monsieur , gardez-vous de comprendre
Celle que vous aimez , une pupille tendre ,
Que son père inourant mit dans votre maison ;
Dont vos soins, chaque jour, cultivent la raison.....
DUPRÉ
Si dans son jeune coeur j'ai porté la lumière. D'un père j'ai rempli la volonté dernière.
VALCOURT
A ses désirs, du moins, vous avez répondu.
DUPRE.
Il était mon ami ; j'ai fait ce que j'ai dû. Passons.
VALCOURT
Mais vous pouvez couronner votre ouvrage.
DUPRÉ
M'en préserve le ciel ! ce n'est point à cet âge Qu'on doit se marier. Parlons net désormais : Le moment de l'hymen arrive-t-il jamais? Pour un être pensant ce n'est qu'un esclavage. N'espérez pas , monsieur , que ce soit mon ouvrage. Qui sait combien de temps votre amour durera? Un instant l'a vu naître, un instant l'éteindra.
VA.LCOURT.
irdoit être éternel. Jugez mieux de ma flamme , Et connaissez l'objet qui règne sur mon ame.
DUPIIÉ.
Voilà les jeunes gens ! ils ne doutent de rien ;
L'imagination leur fait tout voir en bien.
Si je n'arrêtais pas votre inexpérience,
Bientôt vous sentiriez toute votre imprudence.
Quel serait, dites-moi, le fruit de votre amour?
Vous auriez des enfans qui maudiraient le jour;
Vous les verriez souffrir, et leur père et leur mère,
Sans pouvoir l'adoucir, pleureraient leur misère.
Eh! les hommes, d'ailleurs, sont leurs propres bourreaux;
De leurs mains, chaque jour, ils creusent leurs tombeaux.
Les femmes et le jeu, le vin, la bonne chère.
D'une façon sensible abrègent leur carrière.
Par les plus tendres soins on croit s'assurer d'eux;
L'influence du mal les rend plus que douteux.
J'ai toujours observé le plus sage régime,
Je n'ai pas cinquante ans , et je suis* cacochyme.
L'homme par la douleur , hélas ! parvient au port ,
Et son plus heureux jour est celui de sa mort.