‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 81 sur 365 · ACTE I, SCENE VI. iSg · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI. iSg

LE MARQUIS

Heureux qui s'en amuse.

De pareils accidens peuvent se réparer.

Un seul instant heureux....

MADAME DE LIMEUÎL.

Il faut le rencontrer , Et je n'y compté plus.

LE MARQUIS

Ayez de la prudence.

Qui fait les frais du jeu? c'est l'inexpérience. Perd-on, on se modère, on attend le moment. Quand on est toujours calme, on gagne sûrement. Écoutez mes conseils, et vous verrez vous-même...

MADAME DE LIMEUIL

Je les ai trop suivis. Ce dangereux système M'a mis dans l'embarras, et je veux m'en tirer. Entre vos mains, marquis, voyez-moi l'abjurer Ce fol amour du jeu. Pour jamais j'y renonce.

L'arrêt est un peu .dur.

MADAME DE LIMEUIL

Gaiment je le prononce.

LE MARQUIS

Vous renoncez au jeu , parce que vous perdez ; Mais ce n'est qu'en jouant que vous regagnerez. Abandonnerez- vous, une somme aussi forte ? Vous savez..;.

MADAME DE LIMEUIL

Oui , je sais que je vous dois. N'importe, Je ferai face à tout, et je ne joûrai plus.

i4o LA JOUEUSE.

Épargnez-vous , marquis , des efforts superflus.

L£ MARQUIS

(A part.) (Haut.)

Ce n'est pas là mon compte. Et vous êtes capable De résister long-temps?

MAOAMiÈ DE LIMEUIL.

Je suis inébranlable ; Je vous le ferai voir.

LE MARQUIS

Mais vous avez proniis De déjeuner demain avec tous nos amis : Vous n'irez pas ainsi leur manquer de parole. Que diràit-on de vous ? Ce prétexte frivole , Ce projet de réforme est-il bien imposant ? Aux yeux de bien du monde il paraîtra plaisant. Quoi ! vous prétendriez , à la fleur de votre âge , Rompre avec les plaisirs , vivre avec votre sage , Aux yeux de l'univers ainsi vous afficher? Non, vous n'en ferez rien. Dussiez-vous vous fâcher , Je viens, midi sonnant, enlever ma comtesse.

MADAME DE LIMEUIL

Oh! non pas , s'il vous plaît : je connais ma faiblesse. Elle est rare, entre nous, et j'y succomberai. On joura de nouveau, de nouveau je perdrai. C'est un parti bien pris , je ne veux pas vous suivre.

LE MARQUIS

On peut se réformer ; mais il faut savoir vivre. On compte les momens oîi l'on ne vous voit pas. La fête est un tribut offert à vos appas.

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