‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 86 sur 365 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

M. ET MADAME DE LIMEUIL

Madame de L I m E U 1 L , avec atuéniti*.

Vous ne reposez pas?

DE LIMEUIL

Eh ! le puis-je , madame ?

Il n'est pas de repos quand on craint pour sa femme.. C'est un malheur cruel que de savoir aimer. Que je plains un vieillard qui se laisse enflammer !

Arrêtez , mon ami , vous me faites outrage. Vous m'êtes toujours cher. Eh! que m'importe l'âge? C'est par ses qualités que l'on sait s'embellir. Un estimable époux peut-il jamais vieillir?

DE LIMEUIL

Que je serais heureux, si vous étiez sincère! Votre conduite, hélas! me prouve le contraire. Non , vous ne m'aimez pas, je le sens ; mais enfin Je saurai me soumettre aux rigueurs du destin. Tandis que loin de moi votre mérite brille , Je me vois solitaire au sein de ma famille , Et je n'ai nul appui qui soutienne mon cœur.

MADAME DE LIMEUIL

Calme-toi , cher époux ; un penchant séducteur , Je l'avoue à regret , a surpris ma jeunesse.

i48 LA JOUEUSE.

Dans tes bras, mon ami, j'abjure ma faiblesse. Tu peux te confier à ma sincérité :

Pardonne mes erreurs , j'implore ta bonté.

DP LIMEUIL..

Tu dois , ma chère amie , être sans défiance , Et , d'après tes regrets , croire à mon indulgence... Remettons-nous tous deux... Parlons tranquillement. Comment l'amour de lor peut-il un seul moment Te tenter, te soustraire à ma vive tendresse? Formes-tu des souhaits, que moû cœur ne s'empresse A voler au-devant de tes moindres désirs ? Je connais la jeunesse, il lui faut des plaisirs; Je me prête à tes goûts; qu'ils soient du moins honnêtes. Laisse les insensés affronter les tempêtes ; Que, sans frein, sans pudeur ils bravent les regarjds: Qui n'a rien à risquer s'abandonne aux hasards* Mais toi , toi que le ciel pbça dans l'abondance , Tu ne peux excuser ta fatale imprudence. Elle a fait ton malheur , elle assurait le mien : Sans le repos du cœur il n'est pas de vrai bien. Ce repos précieux est bien loin du supplice . ^ Qui tourmente un joueur.

MADAMK DJB, LIMBUIL.

Ah , que le mien finisse !

J'ai trop long-temps du sort éprouvé le courroux. J'ai vécu pour jouer ; je veux vivre pour vous.

DE LIMEtJlL.

Il est donc arrivé l'instant qui nous rassemble!

MADAME DE CIMEUIL.

Dans le sein de la paix nous allons vivre ensembre.

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