SCÈNE XL 2ÏI
FAUSTINE
Demain, sans faute.
VALENTIN
Ah ! jVous en prie, n'nous faites pas d'ces peurs-là. C'est qu'ça boulevarse d'ia tête aux pieds , voyezvous.
FAUSTINE, d'un air satisfait.
Un homme riche, assez jeune encore, me trouve sans défaut, et m'épouse.
VALENTIJY, d'un air menaçant.
Son nom, vite, son nom : que j' l'i disions deux mots,
FAUSTINE
Rien que l'voisin Bertrand.
VALENTIN
Mon père! Ah ça! Faustine, est-ce eune gouaille qu'tu nous pousses là ?
FAUSTINE, avec ironie.
Il est sûr qu'ça n'est pas croyab' : eune pauvre p'tite fille comme moi épouser un richard !
VALENTIN
C'n'est pas ça qui nous étonne ; c'est ta cruauté , ta parfîdie. Auras-tu bian la force d'nous^planter là , après tant d'promesses ? Tu deviendrais not' belle-mère !
j'serions témoin Ah ! Faustine , si tu veux m'aban-
donner, m'trahir , m'désespérer , prends un aut'homme, qui qui' soit, et qu'au moins j'puissions en hberté arroser not' couchette d'nos larmes , et mourir ton nom
212 LES SABOTIERS
à la bouche, et ton image dans rcœur.,... Tu pleures.
FAUSTINE
Ah ! c'est ben malgré moi.
VALENTIN
Tu m'aimes clone encore?
FAUSTINE
Il le faut bian, pisque je n'peux m'en empêcher.
V A L E N T 1 N , bien tendrement.
Ah ! répète-moi qu'tu m'aimes , répète-le sans cesse, répète-le, lors même que je n'y sommes pas : j'aimons tant à te l'entendre dire î j'aimons tant à croire qu'tu l'penses, quand je n'I'entendons pas! Ah! répète, répète. Ça répand un baume dans l'sang! si tu connaissais ça!
FAUSTINE
Si j'connais ça ! ah , si j'pouvais t'expliquer tout c'que je pense !
VALENTIN
Faut ben que j'nous devinions : j'n'avons qu'un cœur pour nous aimer ; j'sommes sans art pour nous l'dire... Ah! ça, pis qu'v'là la paix faite, et que j'jasons amicalement, dis-nous un peu queuqu'ç'est que c't'embrouillamini d'mariage qu'tu nous as fait là ?
FAUSTINE
C'est ton père qui s'est mis en tête d'mépouser; c'est l'mien qui n'demande pas mieux , et qui s'dispose a m'y forcer.
VALENTIN
Sais-tu ben qu'c'est sérieux ça ?