SCÈNE VI
URSULE, Dame CATHERINE.
CATHERINE
Que faites- vous là, grande inutile? Ces tables sontelles préparées ?
URSULE
Oui, ma mère.
CATHERINE
Les lits sont-ils couverts?
URSULE
Oui , ma mère.
N'y a-t-il plus d'ouvrage à la maison ?
URSULE
Non, ma mère.
CATHERINE
Une fille laborieuse trouve toujours à s'occuper, Faudra-t-il sans cesse vous répéter la même chose ?
URSULE
Mais, ma mère, quel plaisir prenez -vous à me rudoyer ?
CATHERINE
Vous rudoyer, mademoiselle, vous rudoyer! Ah! je vous rudoie, quand je vous prêche le soin , l'activité , l'amour du travail ; et ça s'avise d'aimer ! et ça pense à se mettre en ménage !
URSULE
C'est une pensée louable , ma mère , puisqu'elle vous vient comme à moi.
CATHERINE
Qu'est-ce à dire , s'il vous plaît ?
URSULE
Il me semble que vous aimez Chrysostôme?
CATHERINE
Non, mademoiselle, je ne l'aime pas; mais je l'épouse :j'ai besoin de lui.
URSULE, ingénument.
Il pourrait aussi m'être utile , ma mère.
CATHERINE
Jour de dieu! taisez-vous, ou je vous frotterai les oreilles. Mettez-vous à votre rouet; travaillez. Le travail chasse la tentation, et l'oisiveté est mère de tous les vices. ( Ursule se met a son rouet ^ en hou-
SCÈNE VIII. 247 dant.) Voilà la nuit, allumons cette lampe. {Elle allume la lampe pendue au plancher, ) Faisons un tour à la cuisine : s'il arrivait des voyageurs , il ne faut pas les faire attendre. ( A Ursule. ) Filez , filez donc. Eh bien ! filerez-vous ? hom !
(Elle sort.)