ACTE II, SCÈNE IX
sager que mon cœur ne se brise. Laissez - moi , laissez-moi.
LE GÉNÉRAL
Soldats , faites éloigner cet homme.
( Les ordonnances font un mouvement. ) P A L M E R.
Un moment, de grâce, un moment. Vous ne me direz rien que je n'aie entendu dans le fond de mon cœur; mais, j'ignorais que je fusse chez vous; je n'ai pas prétendu violer votre asile.
MADAME BLUMENTHAL
Que m'importent vos intentions en ce moment? Vous m'avez mise au point de n'avoir plus rien à craindre de vous.
PALMER
Ecoutez -moi, je vous en supplie. Je viens de revoir cette femme, qui me fut si chère , et que j'ai déshonorée...
LE GÉNÉRAL, avec indignation.
Que vous avez déshonorée ! Un enfant, qu'un lâche assassm égorge, tombe sous le couteau, et meurt sans infamie.
PALMER, avec force.
Enfin je viens de la voir. Ses malheurs, son en-
faut et mes crimes tout semblait nous lier par les
nœuds les plus forts... Je voudrais, caché dans un désert, au fond d'un antre souterrain, arrachant à la terre les plus misérables allmens, vivre au moins sans remords.
LE GÉNÉRAL
Madame , ce jeune homme n'est plus à lui ; sa tête est exaltée, sa raison s'altère. Allez près de votre fille; laissez-moi avec lui.
MADAME BLUMENTHAL, à Palmer.
Je rentre. Si le désordre de vos idées est l'effet du tableau déchirant que vous venez d'avoir sous les yeux , si vous gémissez sincèrement des malheurs où vous avez plongé une triste famille, je ne dois plus vous haïr, et ce sentiment pénible n'est pas fait pour mon cœur. Mais rien ne me déterminera jamais à vous voir ni à vous entendre. Ma fille est perdue et pour vous et pour moi. Il me reste un enfant, que j'adopte, et que je saurai dédommager du malheur de sa naissance, et des fautes de son père.
( Mademoiselle Rondoii et les domestiques rentrent avec madame Blumenthal. Brandt sort sans être remarqué. )