‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 224 sur 441 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

PALMER, Le GÉNÉR AL , C a v al i er d'ordonnance.

le général.

Si je n'écoutais que l'indignation que vous m'inspirez, je vous ferais arrêter à l'instant, et je vous livrerais à la sévérité des lois. Mais , de tels moyens sont indignes d'un officier, et un éclat ne ferait qu'ajouter aux chagrins de madame Blumenthal. Remettez-vous, monsieur, du trouble où vous êtes, et re-

ACTE II, SCÈNE X. 33i pondez -moi. Vous ignoriez, dites -vous, que vous fussiez chez madame Blumenthal : quel espoir maintenant vous porte à y rester ?

PA.LMER.

Je ne veux qu'une grâce , elle me sera chère. Permettez que je voie mon enfant ; unissez-moi à sa malheureuse mère; que j'emporte le titre d'époux, et je mourrai moins inforturié. Vous êtes l'ami , le conseil de madame Blumenthal : secondez-moi, protégez-moi, je vous le demande à genoux.

LE GÉNÉRAL

J'ai vieilli dans le métier des armes, et je suis peu fait aux intrigues d'amour. Mais , il me semble que le sort d'Amalie et le votre sont irrévocablement fixés : l'infortune pour elle , et les remords pour vous. Quoi ! vous seriez l'époux d'une fdle, avec qui vous ne pouvez former qu'un lien moral, inutile à tous deux! Vous lui présenteriez une main fumante encore du sang de son frère ! Vous pourriez exiger que sa mère 5e condamnât à finir ses jours avec l'auteur de sa misère ! Réfléchissez, monsieur, écoutez la raison; abjurez des chimères.

PALMER, avec une fureur concentrée.

L'homme sans passions consulte les convenances et calcule ses démarches. Le malheureux n'écoule que son cœur, n'a que lui pour guide, ne connaît qu'un but, et ne s'en écarte pas. C'est sur l'infortune même d'Amalie que j'ose établir mes droits. Elle a un fils, et je suis son père. Qui osera m'arracher cet

enfant, que je réclame? qui osera le priver de mes caresses, dont je brûle de le couvrir; lui ravir l'état social que je lui dois, et que je veux lui donner?

LE GÉNÉRAL

Est-il digne d'être père, celui qui ne connaît que l'attrait du plaisir, et qui le satisfait sans pudeur? Le père véritable attend son enfant comme un bienfait du ciel , lui prodigue , après sa naissance , sa tendresse et ses soins , cultive sa raison et forme son cœur. Est-ce à ces traits, monsieur, que vous pouvez vous reconnaître ? Vous avez proscrit votre fils dès le sein de sa mère; vous l'avez livré à la merci de parens indignés , qui pouvaient le méconnaître. Jouet méprisable des passions, quels droits avez -vous conservés dans la société ? Vous voulez être père aujourd'hui ! qui me répondra que vous le voudrez demain? Votre âge est celui des erreurs ; le mien est celui de la prudence : écoutez son langage, et soumettez-vous.

PALMER

Ainsi donc tout s'accorde pour rassembler sur moi seul tous les maux qui peuvent accabler un mortel ! mon désespoir, mes prières ne peuvent vous attendrir! Vous m'accusez d'avoir trahi la nature : c'est vous qui la méconnaissez !

LE GÉNÉR'AL, d'un ton menaçant.

Monsieur !

P A L MER

Craignez un homme qui ne suivra plus que ses fureurs: Je deviendrai plus criminel encore , et c'est vous qui rnuioz voulu.

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