ACTE 1, SCÈNE II. 36i
Mais , qu'y faire ? Une figure céleste , un esprit du diable , une fortune immense ! qu'elle femme tiendrait contre cela ?
AMBROISE
Le pas est glissant.
HONORINE
Aussi glisse-t-on.
AMBROISE
Et dès le point du jour, on vous met en campagne , vous qui n'aimez personne. Cela s'appelle avoir les charges...
HONORINE
Sans les bénéfices.
AMBROISE, riant.
C'est cela , mademoiselle Honorine , c'est cela. Votre rôle n'est pas gai.
HONORINE
Mais, il est lucratif.
AMBROISE
Cela console de bien des choses.
HONORINE
Sans doute. Il faut de la philosophie dans ce monde.
AMBROISE
Et vous n'en manquez pas ?
Aujourd'hui chacun a la sienne. Elle a passé du salon au boudoir, et du boudoir à Fantichambre.
AMBROISE
Elle court les rues , mademoiselle HonoHne : je
362 CLAUDINE, philosophe aussi , en portant mes crochets ; je ris de ma misère, je prends le temps comme il vient, et je suis content de moi et des autres.
HONORINE
Ma philosophie, à moi, ne va pas toujours jusquelà. Il y a certains jours, où la meilleure tête ne peut suffire à tout. Ce soir, par exemple, nous avons concert, souper et bal. C'est déjà un carillon, un tumulte à ne pas se reconnaître.
AMBROISE
Vous conviendrez que les gens de madame ne pourront suffire à tout : il est impossible que vous vous passiez de moi.
HONORINE, souriant.
Eh bien, à ce soir, père Ambroise.
AMBROISE
A ce soir donc, mademoiselle Honorine.
HONORINE
Mais je m'amuse à jaser, et j'oublie que je suis sortie pour quelque chose. Je cours chez la marchande de modes. Elle devait rendre hier un ajustement complet, dont l'absence nous a causé une insomnie insupportable.
Courez, courez donc. Les femmes n'aiment pas à attendre.
HONORINE, sortant.
Oh! à cet égard, personne n'est femme comme ma maîtresse.