SCÈNE IV
AMBROISE , BELTON, sortant de l'hôtel, et posant son pied sur la sellette.
AMBROISE
Comment donc! c'est vous, monsieur Belton?
BELTON.
C'est moi-même, mon ami.
AMBROISE, décrottant.
Qui vous faites décrotter au beau milieu de la rue ?
Mon valet de chambre m'a quitté.
AMBROISE
Il a eu lort.
BELTON.
Je le crois.
AMBROISE, toujours frottant.
En attendant que vous le remplaciez, je vous offre mon petit ministère.
364 CLAUDINE
BEL TON
J'accepte, père Ambroise. J'aime à vous faire du bien. Je considère les vieux soldats, et j'ai déjà éprouvé votre exactitude , votre fidélité.
AMBROISE
Oh, la fidélité, c'est l'héritage des Savoyards. Ce n'est pas une fortune ; mais ça fait dormir d'un bon somme, et nous tenons beaucoup à ça dans la vallée de Chamouni.
BELTON.
La vallée de Chamouni? J'y passai il y a quelques années; j'y eus même une aventure...
( Il sourit. )
AMBROISE
Une aventure tout entière ?
Ma foi, je crois qu'oui.
AMBROISE
Ah ! vous n'en êtes pas bien sûr ? ( Quittant le pied de Belton.) En voilà un brillant comme un miroir. A l'autre, monsieur Belton. (^Frottant.) Je monterai donc chez vous tous les matins ?
BELTON.
Oui, père Ambroise. Le petit coup d'époussette à mes habits....
AMBROISE
La cire luisante à l'escarpin...
BELTON.
Un peu d'ordre dans l'appartement, et ce sera fini pour toute la journée.