ACTE I, SCÈNE VI
en pleurant. Je n'abandonnerai pas cet innocent à des mains étrangères; je ne le punirai pas du malheur d'être né.
C'est une brave fille, ma filleule. Ça me remue; ça me touche.
CLAUDINE
Les années s'écoulaient. Monsieur le curé avait beaucoup fait pour elle , et il a des pauvres qu'il doit également soulager. Madame Félix n'est point opulente. Ils s'expliquèrent enfin avec Claudine. Humiliée d'être à charge , décidée à repousser la misère , à force de travail , elle prend son fils par la main , elle sort de Salenches , et s'achemine vers Turin , après m'a voir remis cette lettre pour vous.
AMBROISE
Dans le fait, c'est un terrible homme que le père Simon. Quel chien de plaisir trouve-t-on à haïr? Eh bien ! où est-elle ta sœur ? A tout péché miséricorde : que diable! je ne sais que ça, moi.
CL A^UDIIN^E.
Peut-elle se flatter de quelque indulgence?,..
AMBROI SE.
Eh! sans doute. Oîi est-elle ?
CLAUDINE
Compter sur votre secours ?
AMBROISE
Eh oui, oui, oui, cent fois oui. ()u est-elle? finissons.
374 CLAUDINE
CLAUDINE, se jetant à ses pieds.
Elle est à vos genoux.
AMBROISE, la relevant.
Relève-toi, mon enfant. C'est celui qui t'a trompée, trahie, abandonnée, qui doit tomber à tes pieds. Mes bras s'ouvrent au repentir. Viens , que je te presse sur mon cœur. Jamais le cœur du père Ambroise ne fut sourd au cri de l'innocence et de la douleur. ( Elle se jette dans ses bras. ) Eh bien ! ne voilà-t-il pas que nous pleurons tous deux. Remettons -nous, mon enfant : des larn^es ne servent à rien. Voyons : quels sont tes projets !
CLAUDINE
Je pouvais chercher une condition ; mais , on ne m'eût pas reçue avec mon enfant.
AMBROISE
C'est clair.
CLAUDINE
Je me suis dit : ce déguisement me mettra à l'abri des écueils de mon âge.
AMBROISE
Oui , un garçon est toujours moins exposé qu'une fille.
CLAUDINE
J'irai trouver mon parrain ; je travaillerai sous ses yeux ; je mangerai à sa table ; je logerai sous son toit ; et , si jamais son témoignage peut m'être utile , il attestera mon repentir, ma sagesse, ma patience, et peut-être qu'un jour je lui devrai la paix de l'ame et le pardon de mon père.