ACTE I, SCÈNE VI
CLAUDITTE.
Plus de gaieté, plus de chansons. Triste et pensive , elle errait sur le Montanverd. Elle passait , repassait au lieu fatal...
AMBROISE
Enfin?
C LAUDINE.
Enfin, elle s'aperçut que sa faute avait des suites funestes.
Ah! nous y voilà.
CLAUDIÎÎE.
Elle se confia à sa sœur Nanette.,.
AMBROISE
Et que fit-elle , cette sœur Nanette ?
CL AUDllVE.
Elle se chargea d'adoucir son père.
AMBROISE
Et n'y réussit pas?
CLAUDINE
Vous connaissez la sévérité de mon père. Il s'écria que Claudine l'avait perdu d'honneur, et qu'il ne la verrait plus. Je prends le ciel à témoin que la pauvre fille ignorait ce que c'est que l'honneur.
AMBROISE
Voilà le diable. Si on connaissait le danger, on se tiendrait sur ses gardes... Heureusement, aujourd'hui , les jeunes filles savent à quoi s'en tenir. Ah ça, mais cet étranger?... il a donc passé comme la foudre, qui
'yj-j. CLAUDINE. ■
ne laisse de souvenir que par ses ravages? Son pays? son nom ?
CLAUDINE
Hélas! que me demandez-vous? Il ne reste de lui...
Que son enfant , n'est-il pas vrai ?
CLAUDINE
Et une bague, que, depuis, Claudine a toujours portée sur son cœur.
AMBROISE
Enfin, qu'est-elle devenue, cette pauvre fille?
CLAUDINE
Sa sœur la conduisit chez le curé de Salenches qui l'accueillit avec douceur, qui fut touché de sa peine. Il la mit chez une femme honnête , qui parvint à calmer le chagrin qui la consumait. Madame Félix éclairait son esprit ; elle lui apprenait à lire , à écrire, à penser, et lorsqu'elle devint mère, l'active et compatissante amitié répandit sur ses blessures un baume consolateur.
AMBROISE
Voilà d'honnêtes , de braves gens. Est-il sûr de ne jamais faillir, celui qui ne sait pas pardonner une faiblesse ?
CLAUDINE
Monsieur le curé voulait éloigner l'enfant; Claudine voulut le nourrir. Vous vous otez tout espoir de retour auprès de votre père, lui disait-il. Je ne réparerai pas une faute par un crime, lui répondait- elle