‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 261 sur 441 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

BELTON, AMBROISE.

BELTON.

Le père Ambroise réfléchit?

AMBROISE, avec humeur.

Gomme un autre. Eh! pourquoi pas?

BELTOIY.

Le père Ambroise a de l'humeur ?

AMBROISE

Non pas contre vous , M. Belton ; mais , j'ai une ame, monsieur, et cette ame n'est point de bronze.

BELTO]>r*

Il n'y a qu'un moment que je t'ai laissé avec cette gaieté inaltérable, cette heureuse insouciance, qui ne te quittent jamais. Qui a pu les troubler en si peu de temps? réponds-moi, je le veux.

AMBROISE, entre ses dents.

Je le veux! je le veux!

BELTOIV.

Oui, je le veux : ma bienveillance me donne le droit de m'exprimer ainsi. Qu'as-tu ? dis-le moi.

AMBROISE

Eh! parbleu! j'ai que... mon filleul vient d'arriver

ACTE I, SCÈNE VIII. 377 du pays, et m'a conté certains évènemens, qui vous sont étrangers à vous, M. Belton; mais, qui me tourmentent, qui me désolent... Ce malheureux, filleul!...

BELTON, avec intérêt.

Il est malheureux? Que vient-il faire à Turin?

AMBROÏSE.

Il est venu se jeter dans mes bras , me demander les moyens de gagner sa vie.

BELTO w.

Et que comptes-tu faire pour lui?

AMBROISE

Ma foi , je n'en sais trop rien , je vous l'avoue. Ça n'est pas rompu au travail ; ça souffrira.

BELTON.

Quel âge a-t-il , ton filleul ?

AMBROISE

Mais... dix-huit ans, ou environ.

BELTON.

De l'inteUigence ?

AMBROISE

Beaucoup même , beaucoup.

BELTON.

Un peu de figure?

AMBROISE

Que trop , de par tous les diables,

BELTON.

je le prends à mon service.

AMBROISE, vivement.

Non pas , s'il vous plaît , M. Belton , non pas , non.

BELTON, piqué.

Par exemple , M. Ambroise , je ne m'attendais pas à un refus.

AMBROISE

Je sais bien que vous n'y êtes pas accoutumé.

BELTON.

Et par quelle singularité vous opposez-vous au bien-être de ce filleul , qui paraît vous intéresser ? Un homme raisonnable donne au moins des raisons.

AMBROISE

D'abord , il a avec lui un petit frère , qui vous incommoderait, sans pouvoir vous être utile.

BELTON.

Quelle pitoyable difficulté? J'ai de la fortune. Cet enfant s'élèvera dans la maison, et, plus tard, on en fera quelque chose,

AMBROISE

Mais, monsieur, mon filleul n'est pas au fait du service. C'est gauche, timide.

BELTON.

Eh ! qu'importe , puisqu'il est intelligent ? Je lui donnerai des avis; il se laissera conduire. Je suis doux, facile; il se trouvera bien avec moi. Je m'applaudirai d'avoir quelqu'un qui tienne au père Ambroise , et qui s'attache à moi , autant par affection que par devoir : les bons domestiques sont si rares !

AMBROISE, à part.

Je ne sais plus que lui dire.

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