ACTE I, SCÈNE X
MADAME DERNETTI.
Ensuite ?
BELTOiy.
La nuit nous couvre de ses voiles...
MADAME DERNETTI.
Et le lendemain ?
BELTON.
Le soleil reparaît, pour éclairer encore cette scèue touchante d'enchantemens et de plaisirs.
MADAME DERWETTI.
Que tout cela est joli ! Mon ami , votre plan n'a qu'un défaut.
BELTON.
Lequel ?
MADAME DERNETTI.
De n'avoir pas le sens commun.
Oh ! par exemple , c'est un peu fort !
MADAME DERNETTI.
Vous allez en convenir. Nous voilà ensevelis dans une terre , fort agréable sans doute , puisqu'on y est avec vous.
BELTON.
Eh bien ?
MADAME DERNETTI.
Le premier jour est divin , le second séduit encore; mais, le troisième... Que de réflexions amène celui-là ! Plus rien qui pique la curiosité ; rien de nouveau à se dire. J'aime , je suis aimé ; tout se réduit à cela ; il faut toujours en revenir là , et l'uni-
388 CLAUDINE, formité tue le sentiment. Mon ami, voici mon plan, à moi, que vous aurez la complaisance d'adopter. Nous passerons l'hiver à Turin. Ce n'est que dans une grande ville que l'oisiveté échappe à l'ennui. Dans la helle saison , nous visiterons vos terres. Vous y aurez vos amis , et j'y conduirai les miens : je tiens à mes habitudes. La chasse, la pêche, la danse , mille petits jeux partageront nos loisirs. Mais , du monde , beaucoup de monde , et surtout des femmes aimables. Elles voudront vous plaire ; je m'efforcerai de le mériter. Vous me quitterez avec peine ^ vous me chercherez dans la foule ; vous me retrouverez avec transport , et votre cœur sera longtemps neuf, auprès d'une épouse aimante, qui saura faire , du plus saint des devoirs , le plus délicieux des plaisirs.