‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 275 sur 441 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

AMBROISE , CLAUDmE , habillée en jockey élégant.

Me laisseras -tu parler? Ton imagination va un train...

CLAUDINE

De grâce , écoutez-moi avant de prononcer.

A]>tBR6lSE.

Eh! depuis une heure, je ne fais que cela. Ecoutemoi à ton tour.

CLAUDINE

Qu entendrai-je qui ne m'afflige davantage ? Vous ête.s désespérant.

C'est que je ne suis pas amoureux, moi; que je ne rêve pas tout éveillé; c'est que j'ai une expérience

ACTE II, SCÈNE I. 897 qu'on n'a pas à vingt ans, quoique d'ailleurs on soit très-jolie et fort intéressante. En un mot, comme en cent, ton entreprise est folle.

CLAUDINE

Quel plaisir trouvez- vous à me répéter cela?

AMBROISE

Je ne veux pas que tu oublies que j'ai tout fait pour t'en dissuader. J'ai employé l'autorité; je t'ai parlé raison, amitié...

CLAUDINE

J'ai tout entendu.

Et tu n'as rien écouté. Finissons. Veux -tu partir? veux- tu resterj^

CLAUDINE

Partir! je ne le peux pas.... je ne le peux pas.... l'effort est impossible. L'espérance et la crainte me séduisent , me tourmentent tour à tour. L'amour , cet aveugle amour, qui ne sait rien calculer, qui ne peut rien prévoir, mais qui subjugue toujours, l'amour m'entraîne vers Belton; les convenances m'éloignent de lui, la nature m'y ramène, et la nature trompet-elle jamais!

AMBROISE

Je me rends. Je ne veux pas que tu me reproches un jour de t'avoir fait perdre l'occasion de ramener à toi le père de Benjamin.

CLAUDINE

Voilà de la raison. C'est senti ce que vous me dites-là.

398 CLAUDINE

AJVIBROISE.

Je dois cependant te faire part d'un obstacle que tu n'as pas prévu , et qui n'est pas facile à surmonter.

CLAUDIJYE.

Est-il rien d'impossible à l'amour?

A.MBROISE.

Non , quand on est deux; mais, quand on aime un homme, qu'un autre objet engage...

CLAUDINE, s écriant.

Il en aimerait un autre !

AMBROISE

Charmante, pour ton malheur.

CLAUDINE

Mon cœur se serre.

AMBROISE

Riche, considérée.

CLAUDINE

Mais , êtes-vous bien sûr de ce que vous me dites ? La connaissez-vous bien cette femme charmante ?

AMBROISE

Si je la connais! c'est madame Dernetti, que tu as vue avec lui.

* CLAUDINE, tristement.

Elle est bien belle, cette dame-là.

AMBROISE

La plus belle femme de Turin.

CLAUDINE

Sait-elle aimer?

AMBROISE

Qu'importe? elle sait plaire; voilà le grand art.

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