SCENE PREMIERE
AMBROISE , CLAUDmE , habillée en jockey élégant.
Me laisseras -tu parler? Ton imagination va un train...
CLAUDINE
De grâce , écoutez-moi avant de prononcer.
A]>tBR6lSE.
Eh! depuis une heure, je ne fais que cela. Ecoutemoi à ton tour.
CLAUDINE
Qu entendrai-je qui ne m'afflige davantage ? Vous ête.s désespérant.
C'est que je ne suis pas amoureux, moi; que je ne rêve pas tout éveillé; c'est que j'ai une expérience
ACTE II, SCÈNE I. 897 qu'on n'a pas à vingt ans, quoique d'ailleurs on soit très-jolie et fort intéressante. En un mot, comme en cent, ton entreprise est folle.
CLAUDINE
Quel plaisir trouvez- vous à me répéter cela?
AMBROISE
Je ne veux pas que tu oublies que j'ai tout fait pour t'en dissuader. J'ai employé l'autorité; je t'ai parlé raison, amitié...
CLAUDINE
J'ai tout entendu.
Et tu n'as rien écouté. Finissons. Veux -tu partir? veux- tu resterj^
CLAUDINE
Partir! je ne le peux pas.... je ne le peux pas.... l'effort est impossible. L'espérance et la crainte me séduisent , me tourmentent tour à tour. L'amour , cet aveugle amour, qui ne sait rien calculer, qui ne peut rien prévoir, mais qui subjugue toujours, l'amour m'entraîne vers Belton; les convenances m'éloignent de lui, la nature m'y ramène, et la nature trompet-elle jamais!
AMBROISE
Je me rends. Je ne veux pas que tu me reproches un jour de t'avoir fait perdre l'occasion de ramener à toi le père de Benjamin.
CLAUDINE
Voilà de la raison. C'est senti ce que vous me dites-là.
398 CLAUDINE
AJVIBROISE.
Je dois cependant te faire part d'un obstacle que tu n'as pas prévu , et qui n'est pas facile à surmonter.
CLAUDIJYE.
Est-il rien d'impossible à l'amour?
A.MBROISE.
Non , quand on est deux; mais, quand on aime un homme, qu'un autre objet engage...
CLAUDINE, s écriant.
Il en aimerait un autre !
AMBROISE
Charmante, pour ton malheur.
CLAUDINE
Mon cœur se serre.
AMBROISE
Riche, considérée.
CLAUDINE
Mais , êtes-vous bien sûr de ce que vous me dites ? La connaissez-vous bien cette femme charmante ?
AMBROISE
Si je la connais! c'est madame Dernetti, que tu as vue avec lui.
* CLAUDINE, tristement.
Elle est bien belle, cette dame-là.
AMBROISE
La plus belle femme de Turin.
CLAUDINE
Sait-elle aimer?
AMBROISE
Qu'importe? elle sait plaire; voilà le grand art.