ACTE III, SCÈNE III
MADAME DERNETTI.
Tu raisonnes donc ?...
HONORINE
Rarement, cela fatigue; mais, que ne fait-on pas pour vous ?
MADAME DERNETTI.
Eh bien, ce raisonnement...
HONORINE
Si un penchant décidé eût uni Belton à Claudine ; si on avait à craindre qu'il reprît ses premiers fers, il serait prudent de les séparer pour jamais. Mais, si le premier minois fripon a le droit de lui tourner la tête ; si la fantaisie , le caprice , rentrâînent sans cesse vers des objets nouveaux ; si l'habitude lui fait un besoin de l'inconstance, qu'aurez-vous gagné en éloignant cette fille? il trouvera mille Claudine dans Turin, et vous n'exilerez pas toute la ville.
MADAME DERNETTI.
Tu as raison.
HONORINE
Il a déjà eu ici quelques petites aventures...
MADAME DERNETTI.
Je le sais, et tout cela est effrayant.
HONORINE
Dans le fait, c'est une terrible chose que le mariage.
MADAME DERNETTI.
Tous les dangers sont pour nous.
HONORINE
Un homme ne risque rien...
436 CLAUDINE
MADAME DERNETTl.
Que de faire le malheur de sa femme...
HONORINE
Qui a bien, à la vérité, certains petits moyens de consolation...
MADAME DERNETTl.
Mais qui ne s'en sert jamais : c'est convenu. Ainsi , une femme jeune, aimable, sensible, que néglige un époux volage, est absolument sans ressources. Se plaint-elle...
MADAME DERNETTl.
Il l'évite...
HONORINE
Et la voilà seule avec sa vertu...
MADAME DERNETTl.
Qui fait supporter bien des choses...
HONORINE
Mais, qui n'a rien de bien amusant.
MADAME DERNETTl.
C'est pourtant là le sort de la plupart des femmes.
HONORINE
Il serait dur d'en augmenter le nombre. Au reste , quand on a prévu le danger , il est facile de s'y soustraire.
MADAME DERNETTl.
Quand on n'aime pas.
HONORINE, vivement.
Vous êtes sauvée.