SCÈNE PREMIÈRE
HERCIDE, d'abord seul, puis PIRRHA.
HERCIDE, entrant et se frottant les yeux.
Tl est déjà grand jour. Vite, à l'ouvrage. {^11 s'assied sur un carreau. ^ Ne nous brouillons pas, s'il est possible, avec l'ami Morad, le cordonnier le plus vaniteux , et le plus bourru de l'empire ottoman. ( // tj^availle. ) Il est plaisant que le fils du gouverneur de Tamar apprenne à faire des babouches à Damas. Quelqu'affligeante que soit la métamorphose, nos aimables ne pourraient s'empêcher d'en rire , et , foi de musulman , je suis tenté d'en rire moi-même. Cet
amour!... cet amour, que de choses il fait faire! Tu Fas voulu , Hercide ! il faut prendre ton parti.
( Il travaille. )
P I R R il A , entre et donne le coup d'oeil à la boutique.
Déjà à l'ouvrage ! Il est charmant, ce petit Hercide.
(Elle lui jette un coup d'oeil expressif, et sort.) HERCIDE, sans prendre garde à Pirrha.
Mon parti ! je suis en vérité trop heureux d'être apprenti cordonnier. Fatigué des conquêtes faciles, et résolu de me fixer , je sors de Tamar avec dix mille sequins, et je m'enfonce dans les forêts de la Gircassie : c'est le pays de la beauté. J'en rencontre mille qui n'ont que des attraits, et je passe outre. J'arrive un soir chez la respectable Roxane. Son air , ses manières, sa conversation m'attachent, m'intéressent. J'apprends qu'elle a passé sa jeunesse à Tamar, et que les suites d'une passion malheureuse l'ont contrainte à s'exiler de sa patrie. Je la plains, je la console, je lui offre mes services. Atalide, sa belle, sa séduisante fille paraît, et je ne vois plus qu'elle. La chaumière devient un palais , le souper le plus frugal un repas délicieux. La douce confiance, l'amour naissant, l'espoir du bonheur, tout ajoute aux charmes de la soirée. Je ne marchande pas la touchante Atalide; je propose ma main. Si j'avais eu un sceptre, je l'aurais mis à ses pieds.
(Il travaille. )
PIRRHA , met près d'Hercide un pot et une cuiller.
Voilà le déjeuner.
(Elle lui frappe doucement sur la joue , et sort. )