ACTE I , SCÈNE II
Vous avez aussi commencé.
M O R A D , avec emphase.
Oui, comme les autres finissent.
HERCIDE.
J'espère, à force de soins, égaler un jour mon maître.
MORAD, avec dédain.
Ce jeune homme est avantageux. (^11 prend une de ses babouches^ et la lui présente. ) Regarde, superbe, et humilie-toi. Vois cette coupe hardie, dont je suis l'inventeur; admire cette couture égale, cette élégance , cette propreté. La favorite du sérail est seule digne de chausser cette babouche.
HERCIDE, avec intérêt.
Vous chaussez la favorite du sérail ?
MORAD, se mettant à l'ouvrage.
Qui la chausserait donc? Est-il à Damas une jolie femme que Morad n'ait chaussée ?
(Il travaille.)
HERCID i:.
Ainsi, vous approchez quelquefois la favorite?
MORAD.
Pas du tout; l'usage le défend, et, tout entier à mon art, je m'occupe peu des femmes. Un grand homme ne veut avoir de tyran que la gloire.
HERCIDE, à part.
Le sot! (^Voulant le pénétrer, ) Si vous n'approchez pas les femmes du bâcha, vous devez avoir au moins quelques relations dans le sérail ?
46o LA LANTERNE MAGIQUE.
MORAD.
Des relations! des relations! j y ai la plus grande influence, entendez-vous , mon ami. Le baclia fait de moi un cas particulier, et il a raison.
HERCIDE.
Ah ! vous voyez quelquefois le hacha ?
MOR AD
Au contraire , je ne l'ai jamais vu , et, selon les apparences, je ne le verrai jamais; mais , je corresponds avec lui par la voie de l'eunuque qui vient prendre mes habouches, et je sais que je suis au mieux dans json esprit.
HERCIDE, à part.
Cet homme ne peut me servir à rien.
MORA D
Mais, laissons tout cela, et égayons le travail par îa petite chanson.
HERCIDE.
Bien pensé, maître Morad. Allons, le paradis de Mahomet ; vous chantez cela comme un ange.
MORAD.
Certes, je le crois.
Premier couplet.
De mille et quelques paradis Que promet la fable ou l'histoire, Il n'en est qu'un où je veux croire , Et c'est à celui des houris.
J'aurai maîtresse toujours belle, Qui dispense d'être fidèle , Que je changerai chaque joiu\