ACTE 1, SCÈNE I V
A. LI , lui donnant une bourse.
Et je donne sans compter.
P I R R H A , ouvrant la bourse.
C'est de l'or!... Ah, pardon! mille pardons, mes bons seigneurs. J'ai osé douter, et avec vous le doute est un outrage; mais, aujourd'hui, les hâbleurs sont si communs, et les bienfaiteurs si rares!
MOR AD
Ah! tu t'adoucis à l'aspect du métal.
NADIR, à Ali.
Il est né à Téméruch, il est mon compatriote; je veux assurer son existence.
ALI, à Nadir.
C'est un original ; mais, je lui crois des qualités.
HE R CI D E, à part.
Ou vont-ils en venir?
NADIR
Voyons, mes amis, raisonnons , car on ne peuL pas toujours plaisanter : voyons ce qu'on peut faire pour vous.
MOR AD
Raisonnons.
PIRRHA.
Raisonnez.
NADIR
Morad est né avec de l'esprit ; il paraît honnête , désintéressé.
MORAD, à Pirrha.
Ah ! qu'as-tu à répondre à cela ?
JYADIR.
Et en renonçant aux idées folles qui l'égarent , il peut remplir un petit emploi...
PIURHA, à son mari en appuyant.
Un petit emploi.
NADIR, à Pirrha.
Qui le conduira peut-être à un autre plus important.
M OR AD, à sa femme en appuyant.
A un autre plus important : cela ne tardera pas.
PIRRHA.
Et moi , mon bon seigneur , et moi ?
NADIR
Pirrha est une femme fort estimable , je le crois.
PIRRHA.
Moi , je m'en vante.
NADIR
Mais, d'une humeur, d'une humeur!... Ah!...
M OR AD , à Pirrha.
Il te connaît.
NADIR, à Morad.
Qui quelquefois peut être fondée, il faut que j'en convienne.
PIRRHA, à Morad.
Non , je dis, il ne te connaît pas.
NADIR
Mais enfin, cette humeur acariâtre...
ALI
Très-acariâtre.