ACTE II, SCÈNE I
ALI
ÎVADIR.
Elle mouillait son voile de ses pleurs ; je le soulevai, ses yeux se fixèrent sur les miens, et, pour la seconde fois, je cédai au pouvoir de l'amour. -
ALI
Atalide a su vous plaire!
NADIR
Qui ne charmerait -elle pas! Elle est belle comme Fatime ; elle a sa candeur et ses grâces ; il ne lui manque que son cœur.
ALI
Elle oserait vous résister !
NADIR
J'ai déclaré mon amour, non comme un maître qui commande, mais comme un amant qui supplie. Des soupirs ont répondu à mes empressemens , et des plaintes à mes instances. Mon orgueil fut révolté un moment; mais, je m'applaudis bientôt de rencontrer une beauté dont le cœur reste indépendant, même au sein de l'infortune, qui dédaigne les basses complaisances de ces femmes qui ne m'inspirent que le dégoût. Je lui sus gré de sa fierté. Je me proposai, je me flattai de la vaincre; Atalide enfin me parut digne de moi.
ALI
Ainsi donc, le grand, le sublime Nadir, qui soutint l'honneur des armes ottomanes , qui assura le
494 LA LANTERNE MAGIQUE, bonheur de la Syrie, qu'environnent, que pressent le respect, la reconnaissance, Famour de tout un peuple, Nadir oublierait sa gloire aux genoux de son esclave !
Mon esclave , dis-tu ? Elle ne l'est plus depuis qu'elle m'est chère : l'amour l'a rendue mon égale.
ALI
Vous allez donc vous soumettre aux tourmens , aux caprices qu'éprouvent les amans vulgaires?
NADIR
Malheur à l'homme qui abuse de son rang; plus îiîalheureux celui qui ose employer la force : c'est le monstre qui rugit l'amour. Moi, je m'avilirais jusqu'à la contraindre ; je presserais, dans mes bras, un objet à qui je n'inspirerais que l'horreur, et qui ne répondrait à mes transports que par des sanglots et des larmes! Loin de moi tes conseils insidieux; loin de moi ces horribles jouissances. Ce sont celles d'un barbare : je ne le fus jamais.
ALI
M'est-il permis d'ajouter un mot ?
NADIR
Parle.
ALI
Si cette femme avait pénétré votre caractère , qu^elle eût démêlé votre générosité; si enfin elle employait l'artifice...
NADIR
Elle en est incapable.