SCÈNE IIL ATALIDE, NADIR
NADIR
Approchez, belle Atalide. Venez, dissipez votre effioî.
ATALIDE, avec timidité.
Je ne crains rien , seigneur. Si l'innocence cherchait un asyle , c'est près de vous qu'elle le trouverait.
JNTADIR.
Cette confiance m'honore, cette estime me flatte, et je saurai la justifier. Mais, dites -moi, ces sentimens d'une belle ame, mais d'une ame indifférente, n'ont-ils jamais conduit à un sentiment plus tendre? m'est-il défendu de l'espérer ?
ATALIDE
Que me demandez -vous ?
NADIR
Le bonheur de ma vie.... Que vois-je? la douleur se peint dans vos traits... des larmes s'échappent malgré vous!
ATALIDE
Elles couleront long-temps.
NADIR, très -tendrement.
Vous ne devez connaître de larmes que celles de la
ACTE II, SCÈNE IIL^ 497 volupté. Quels que soient vos chagrins, j'y saurai mettre un terme. Je porterai le calme dans votre cœur; je rappellerai le sourire sur vos lèvres. Qu'Atalide me dévoile le secret de son ame, qu'elle parle, qu'elle commande , rien n'est impossible à mon amour.
AT ALI DE, avec abandon.
Et c'est cet amour même qui fait tout mon malheur; c'est lui qui me sépare à jamais....
]y A D I R , avec force et jalousie.
Qu'ai-je entendu! De qui vous séparé-je? quel est cet objet que vous pleurez ?... violence.^ Un
homme aurait excité des désirs , aurait mérité des regrets !
ATALIDE, craintive et se reprenant.
Cet être malheureux ne doit exciter ni votre jalousie , ni votre colère. Je regrette une mère , une mère infortunée et respectable , dont j'étais le soutien et l'espoir.
ly ADIR, à part.
Je respire.
ATALIDE
On m'a arrachée de ses bras, on m'a ravie à sa tendresse, on m'a traînée en ce sérail. Tout y flatte les yeux, tout y prévient les désirs, et je n'ai la force ni de désirer ni de voir. Je vais, je viens, j'appelle, je soupire, et je suis seule au milieu des plaisirs qui me cherchent. Mes plaintes frappent en vain les airs , elles se perdent dans l'espace, elles ne sont pas entendues de ce qui m'attachait à la vie , de ce qui me la rendait chère. Seigneur, je ne méritais pas votre XI. 3^
498 LA LANTERNE MAGIQUE, amour ; l'éclat qui m'environne ne convient point à mon obscurité. Rendez-moi le bonheur' paisible que j'ai perdu; renvoyez-moi sous l'humble toit que j'habitais. Il vous en coûtera peut-être; mais, ma reconnaissance sera le prix du sacrifice.
NADIR, hors de lui.
De la reconnaissance !... de la reconnaissance , dites-vous! et c'est là ce que vous offrez à un cœur qu'un feu terrible , indomptable , pénètre , brûle , dévore, sans pouvoir le consumer. Demandez-moi ma fortune, je la dépose à vos pieds; un trône, je m'arme pour le conquérir; ma vie, elle est à vous. Mais, vous perdre!... vous perdre! non, jamais... jamais. Que dis-je ? hé! pourquoi vous éloigner? qui m'empêche de vous conserver à mon amour, et de remplir tous vos vœux ? Vous êtes séparée de votre mère, je la remettrai dans vos bras; elle habite une chaumière, je lui destine des palais ; elle éprouve des besoins, je lui ouvrirai mes trésors, et je ne ferai rien pour elle qui ne soit un hommage à la beauté. ( // remonte la scène. ) Esclaves , approchez. ( On entre, ) Que l'on cherche les Arabes qui m'ont amené cette odalisque, que l'on coure, que l'on vole avec eux au sein de la Circassie , qu'on amène la mère d'Atalide , et qu'on la respecte comme moi. Allez.
( On sort. ) A T ALT DE , à part.
Ma mère dans le sérail! Hercide , c'en est fait, j^e ne te verrai plus.