SCÈNE VIL ACOMAT , HUSSEIN , MORAD , PIRRHA
ODALISQUES, EUNUQUES. SuiTE.
(On entend une musique éloignée. Les femmes baissent leur voile , et se rangent dans le fond du théâtre. Les hommes se placent sur les côtés, un blanc et un noir alternativement. Le son de la musique approche par degrés. Morad paraît, marchant majestueusement appuyé sur l'épaule de Hussein. Pirrha le suit avec des marques de satisfaction ou de dégoût ,
5o6 LA LANTERNE MAGIQUE.
selon le genre des physionomies qu'elle regarde. Les eunuques se détournent à son aspect ou lui font des mines. Morad s'arrête au milieu du théâtre. Les hommes défilent devant lui et lui font une profonde révérence. Les femmes se croisent avec les hommes , défilent aussi devant Morad , et lui baisent la main. Morad fait des lazzi d'étonnement et de joie. Acomat lui prend la tète à deux mains , l'embrasse , lui fait faire un tour qui le jette dans les bras d'un autre eunuque , qui le passe à un troisième , et ainsi de suite jusqu'au dernier. On se retrouve en place. La musique cesse. )
MORAD, saluant à la ronde.
Je suis enchanté de vos politesses. On trouve ici de l'aménité, de l'affabilité , de la cordialité.
ACOMAT
Nous tenons à l'urbanité.
MORAD.
J'ai de la réciprocité.
ACOMAT
Que d'indulgence et de bonté !
MORAD.
C'est trop flatteur, en vérité.
PIRRHA.
Finissez votre verbiage. Voyons sans tarder davantage pourquoi j'ai quitté mon ménage. Dans ce galant aréopage , quel est le cœur doux ou sauvage , dont le soin me tombe en partage ?
ACOMAT
Vous le saurez dans un moment. {^Lui montrant le coté par ou Ali est sorti. ) Passez dans cet appartement. Là, notre chef, éloquemment, vous contera, très-longuement, les douleurs d'un fidèle amant, dont
ACTE 11, SCÈNE VIII. 507 vous calmerez le tourment , en gagnant insensiblement l'amitié d'un objet charmant , qu'il faut pousser au sacrement, par l'attrait du raisonnement. [La renvojant. ) Procédez à l'enchantement.