ACTE II, SCÈNE XI
PIRRHA.
Ah ! voici la cruelle.
ATALIDE
C'est la nouvelle arrivée. Je la hais plus que les autres.
PIRRHA.
Il faut d'abord pénétrer son secret, et savoir à quoi m'en tenir sur la prétendue fraternité. Ecoutez donc , la petite ?
ATALIDE
Laissez -moi.
PIRRHA.
Quand vous m'aurez entendue.
ATALIDE
Laissez-moi, laissez-moi, vous dis-je.
PIRRHA.
Non, mon petit cœur. Je suis payée pour vous parler, et je vous parlerai. Je parlerai si haut que vous m'entendrez malgré vous. Je vous tracasserai, je vous tourmenterai tant, que vous en passerez par ce qu'il me plaira.
Je me donnerais plutôt la mort.
p I R R HA .
Non, mon bel ange, non, vous ne mourrez point , et vous obéirez. Ah! vous êtes rétive, récalcitrante! Vous avez de la tête! mais, j'en ai une aussi, et qui vaut bien la votre , je vous en avertis.
ATALIDE
L'abominable femme!
5i8 LA LANTERNE MAGIQUE.
PIRRHA.
Chansons que tout cela. Le bruit ne me fait pas peur. Ecoutez, je ne peux pas vous faire grand bien...
• ATALIDE
Je le crois.
PIRRHA.
Mais, je peux vous faire beaucoup de mal.
AT ALI DE
Et vous en êtes très-capable.
PIRRHA.
Cependant, si je suis Contente de vous, si vous êtes douce, traitable, docile...
ATALIDE
Rien que cela ?
Je me relâcherai un moment de ma sévérité ; je compatirai aux peines de ce petit cœur -là; je vous parlerai de quelqu'un qui vous intéresse , et beaucoup.
ATALIDE, très-vivement.
Parlez, parlez donc.
PIRRHA.
Vous ignorez le sort de votre mère ?
ATALIDE, avec la plus grande chaleur.
Vous en avez entendu parler?
PIRRHA.
Mieux que cela.
ATALIDE
Vous en avez des nouvelles ?
PIRRHA.
Des nouvelles positives.