‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 359 sur 441 · ACTE II, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XIII

HERCIDE.

Je viens la lui ravir.

ATALIDE

Il faudrait un prodige...

HERCIDE.

Il ne faut que du courage. La nuit commence à étendre ses voiles. Pour arriver jusqu'à toi, j'ai franchi des fossés , des murailles ; nous les repasserons sur les ailes de l'amour. Nous fuirons, nous irons chercher un coin de terre oii l'homme soit indépendant; nous y vivrons l'un pour l'autre. Sans besoins que celui d'aimer, sans désirs que ceux que tu fais naître , je trouverai en toi une amie, une amante, une épouse; tu seras ma famille , ma richesse , mon univers , mon tout.

ATALIDE

Que les illusions de l'amour sont douces!... mais qu'elles sont loin de la réalité î Tu parles de fuir ! cent eunuques qu'il faut éviter , une garde nombreuse dont il faut tromper la vigilance , des habits dont la richesse me décèlera dans les rues de Damas, les satellites du bâcha qui en occuperont les portes... Mon ami, la fuite est impossible et mon malheur inévitable.... on sait que je t'adore, que tu es dans les jardins, on menace de te livrer. Si je résiste...

HERCIDE.

Tu sais aimer, et tu connais la crainte!

ATALIDE

Oui, je crains, mais pour tes jours. Éloigne- toi,

je t'en supplie, je t'en conjure : si tu es découvert,

on te traîne au supplice.

HERCIDE.

Je n'en redoute qu'un, c'est de te perdre. Je cours , je vole au-devant des autres.

ATALIDE, avec la plus extrême tendresse.

Tu veux donc que je meure aussi.

HERCIDE.

Te se rai s -tu flattée de survivre à cet affreux hymen?... Viens, suis mes pas. Si le succès est incertain , il n'est pas impossible , et s'il faut succomber tous deux, que ce soit du moins en cherchant le bonheur.

ATALIDE

Tu le veux , je ne résiste plus , je m'abandonne à toi.

HERCIDE, avec enthousiasme.

Je retrouve enfin mon amante.

( Il lui prend la main et l'emmène. ) ATALIDE.

Ciel!... j'entends du bruit... on vient... la mort est sur ta tête.

HERCIDE.

Je la méprise, je la brave.

ATALIDE, le poussant vers la coulisse.

Fuis.

HERCIDE.

Jamais.

ATALIDE, le poussant plus vivement.

Fuis, te dis-je, je le veux, je l'ordonne. Tu ni'o-

ACTE II, SCÈNE XIV. 5^5 béiras si vraiment je te suis chère. {^Hercide se retire.^ Le sort ne se lasse pas de nous persécuter.

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