ACTE II, SCÈNE VIL
MATHIEU, bas à Télémaque.
Tremble, si tu me fais manquer mon marché.
TÉLÉMAQUE
Tremblez vous-même , si vous osez le consommer. Je laisse ici un vengeur.
Tu me menaces, je crois. Un nègre menacer un blanc ! voici du nouveau , par exemple.
BARTHÉLEMI, à part.
Mon jeune homme le connaît mal, sans doute.
ZAMÉ
Bon ami , tais-toi ; c'est Zamé qui t'en prie.
BARTHÉLEMI, à part.
Ah ! c'est elle.
ZAMÉ
M. Mathieu, pardonnez-lui, pardonnez -lui.
MATHIEU
Je ne pardonne jamais.
TÉLÉMAQUE, à Zamé.
Avait -il besoin de te le dire? Ne le connais -tu pas?
ZAMÉ
M. Barthélemi , que ce soit au moins pour le même maître ; ne nous séparez pas. Le bonheur d'être ensemble est le seul bien qu'on ne nous ait pas ravi. Serez-vous plus cruels que les autres? Voulez -vous que je meure de chagrin.
MATHIEU, à Zamé.
Allons , vas - tu faire aussi des phrases , toi ? {^A Barthéleini,) Finissons. Vos soixante portugaises, et emmenez-les.
BARTHÉLEMI
Non pas, non. Il faudrait être fou pour se charger d'un pareil sujet : c'est un diable que ce nègre-là. Il y a de quoi mettre une habitation en feu. D'ailleurs , je ne suis que préposé, et je veux consulter mon commettant.
MATHIEU
Son nom ?
BARTHELEMI
Je l'ignore. Je ne crois pas même l'avoir jamais vu. Mais, il doit revenir, et je ne compromettrai pas mon crédit, ma réputation; enfin, je ne tromperai pas ce jeune homme.
TÉLÉMAQUE, s'écriant.
Un jeune homme!
BARTHÉLEMI
Il a payé noblement ma commission; je lui dirai ce que je pense. Je pourrai lui conseiller de prendre la noire; elle est jolie, et je le crois amateur : il m'en parlait avec un feu , un enthousiasme . . . Mais , cet enragé!...
TÉLÉMAQUE, hors de lui.
On achète Zamé, et c'est pour un jeune homme !.. Zamé au pouvoir d'un jeune homme ! mon sang bouillonne.