ACTE II, SCÈNE VIL
BARTHïiLEMI.
Et VOUS faites ce savant ?...
MATHIEU
Soixante-dix portugaises , et c'est donner.
BARTHIÉLEMI, avec humeur.
Voilà comme vous êtes , M. Mathieu ; on ne peut pas traiter avec vous.
MATHIEU
Ma foi, M. Barthélemi, vous voulez avoir tout pour rien.
BARTHÉLEMI
Un nègre soixante-dix portugaises ?
Il y a nègre et nègre.
BARTHÉLEMI
J'aurais pour ce prix le meilleur cuisinier de la colonie , et un bon cuisinier est bien autrement couru qu'un précepteur. Votre savant! votre savant!
MATHIEU
Il faut voir la marchandise, M. Barthélemi, avant de se récrier sur le prix. Télémaque, ici. ( Télémaque s'approche, ) Examinez cette structure. Epaules larges, poitrine ouverte, jarret tendu, gras de jambe fourni, la force d'Hercule et la beauté d'Adonis, à la couleur près.
BARTHÉLEMI
Tout cela est bel et bop. Mais, soixante-dix portugaises, M. Mathieu...
TÉLÉ M A Q U E
Ciel ! qu'entends-je !
MATHIEU
Par considération pour vous , je pourrai rabattre quelque chose.
BARTHÉLEMI
Ten donne soixante , et vous lâcherez la négresse par-dessus le marché.
MATHIEU
Non pas, non.
TÉLÉMAQUE, indigné.
Quel opprobre! Ne se lasseront-ils jamais de traiter des hommes comme le plus vil bétail ?
MATHIEU, bas à Télémaque.
Vas-tu me jouer ici un tour de ton métier?
BARTHÉLEMI
Ne t'a-t-on pas acheté? Donc on peut te revendre.
TÉLÉMAQUE, à Mathieu.
Qui VOUS en a donné l'ordre ?
MATHIEU, bas à Télémaque.
Tais-toi, ou je te ferai donner une leçon....
TÉLÉMAQUE, furieux.
Toujours la menace à la bouche, et la cruauté dans le cœur.
BARTHÉLEMI
Oui, je vois bien que c'est un savant; mais, sa douceur me paraît équivoque , M. Mathieu. De quels yeux il me regarde !