SCÈNE XYIl. 58i
MADAME DERVAL
Possible , au moins ?
DERVAL
Si décidément vous l'ordonniez...
MADAME DERVAL
Je vous en prie.
DERVAL
Je vais tâcher de vous obéir.
MADAME D K R VA L , d'un air indifférent.
De quoi parlerons-nous?
DERVAL
Un seul sujet m'intéressait.
MADAME DERVAL, vivement.
Celui-là vous est interdit.
DERVAL
Les autres me sont tout-à-fait indifférens.
MADAME DERVAL
Votre blessure, monsieur, ne paraît pas dangereuse !
De laquelle parlez-vous, madame?
MADAME DERVAL
Monsieur va oublier à Paris les fatigues de la guerre ?
DERVAL
J'ai déjà tout oublié.
MADAML DERVAL, avec timidité.
Monsieur n'est pas marié sans doute ?
DERVAL
Il y a un quart-d'heure , je me félicitais encore de l'être.
MA.DAME DERVAL, d'un petit ton piqué.
En vérité, monsieur, vous n'avez pas la moindre complaisance.
DERVAL, du même ton.
Mais, c'est qu'aussi, madame, on n'est pas exigeante à ce point-là.
MADAME DERVAL
Si vous continuez , je ne dis plus un mot.
LISE
Ecouter, c'est répondre.
Hé bien, madame, je porterai la réserve aussi loin que vous pourrez le désirer.
MADAME DERVAL
A la bonne heure.
DERVAL
Je me garderai bien de vous parler d'amour.
LISE
Je ne vois pas ce qui lui reste à dire.
DERVAL
Que vous importe, après tout, que je n'aie pu vous voir sans la plus forte émotion , vous entendre sans vous trou ver accomplie ?
MADAME DERVAL
Encore 1
DERVAL
Quel intérêt peut vous inspirer un homme que vous connaissez à peine , dont le plus grand tort est de ne savoir pas plaire, mais qui est à vous sans
SCÈNE XYII. 583 retour, et qui vous quittera désespéré de vous avoir vue?
MADAME DERVAL, peinée.
Tant d'opiniâtreté est au moins déplacée.... elle est indiscrète, offensante. Jusqu'à présent, monsieur, j'ai partagé un badinage que je pouvais croire innocent. Je terminerai cet entretien, comme je l'aurais commencé, sans doute, si vous aviez éclairé plus tôt mon inexpérience. On m'a imposé des devoirs , je les respecte, {tristement) je les chéris, et je les trahirais en restant plus long-temps avec vous.
( Elle salue et sort. )