SCÈNE XIX
MADAME DERVAL, avec complaisance.
Un peu de son amabilité...
Même quelques-uns de ses traits, une partie de ses grâces...
MADAME DERVAL, avec abandon.
Oui, je n'y perdrais rien.
LISE
Ni lui non plus. Enfin, on le prendra tel qu'il est.
MADAME DERVAL, avec un soupir.
Il le faut bien...
LISE
C'est un mari. Voilà pourtant où nous réduisent des parens qui font tout à leur tête. Marier des enfans qui ne se connaissent point, qui peuvent ne pas se convenir.
MADAME DERVAL
Au fond , cela n'est pas prudent.
LISE
Empêcher une jeune personne de disposer ellemême de son cœur.
MADAME DERVAL
Oh! par exemple, ceci est injuste.
LISE
Injuste ? tyrannique, atroce, révoltant. Je suis persuadée que monsieur Déricourt a été marié comme vous. Il n'a pas l'air fort épris de sa femme, et si vous étiez libres l'un et l'autre...
MADAME DERVAL, d'un ton caressant.
Oh! ne suppose rien, je t'en prie.
LISE
Supposition bien innocente.
MADAME DERVAL
Mais, qui n'est pas sans danger.
LISE, d'un air de compassion.
A la vérité, je sens bien quil faut rompre cette liaison.
MADAME DERVAL
Et quitter ce jeune homme avec l'idée défavorable qu'il a dû concevoir de moi!
LISE
Il serait dur de la lui laisser.
MADAME DERVAL
Je ne peux m'y résoudre. Je veux le détromper. Je le dois à ma réputation, à ma tranquillité.
LISE
A monsieur Déricourt lui-même. Il sera enchanté d'apprendre que vous avez toujours des droits à son respect. (^Fausse sortie. ) Je le cherche, je le trouve, je l'amène.
MADAME DERVAL
Oui, va.... Non, non, demeure. Plus d'entretien particulier; non, Lise, non. Son ami et lui rentreront pour dîner, je m'expliquerai de manière à mettre fin à tout ceci.
LISE
Voilà ces messieurs.