SCÈNE XXIL
DERVAL
Hé! que lui veut madame?
LISE
Et quel compte doit-elle à monsieur?
DERVAL
Je suis le confident, l'agent, le factotum de Derval.
LISE
Gela n'empêchera pas madame, qui a réfléchi à ce qui vient de se passer, d'avoir avec monsieur une conversation particulière.
DERVAL
Particulière !
LISE
Où je ne serai pas même admise, moi, qui suis son conseil privé.
DERVAL
Et l'entretien aura lieu?...
LISE
Eh, parbleu! dans sa chambre.
DERVAL, s'écriant.
Comment dans sa chambre !
FORVTLLE.
Tu te décèles.
DERVAL
C'est égal. Je ne pousserai pas l'épreuve jusque - là.
FORVILLE
Mais, tu veux que je fasse encore le mari.
DERVAL
Oui, devant moi.
6o8 LES RIVAUX D'EUX-MÊMES.
LISE, à madame Derval.
Que VOUS ai-je dit?
MADAME DERVAL
Sa crainte, sa rougeur, son embarras, tout le trahit. Ah! je respire, je renais au bonheur, et je reviens à la gaîté.
LISE
Intriguez un peu cet aimable fripon-là.
MADAME DERVAL, à Forville.
Je me reproche sincèrement , monsieur , la manière dont je vous ai reçu tantôt. Une réserve, bien naturelle à mon âge, m'a empêchée de vous répéter ce que je vous ai si souvent écrit. Sortez de l'erreur à laquelle j'ai pu donner lieu. J'ai applaudi, en vous voyant, au choix de mes parens, et je sens que l'obéissance a quelquefois ses douceurs.
DERVAL
En voici bien d'une autre !
FORVILLE, finement.
Je plais, mon ami, je plais, et tu ne t'en doutais pas.
MADAME DERVAL, à Forville.
Nous avons à parler d'affaires importantes. Vous voudrez bien m'accorder un moment.
DERVAL
Demeure, je t'en prie, je l'exige.
LISE, qui a avancé un siège.
^ ( A Derval, ) Asseyez-voïïs , monsieur. Je vous tiendrai compagnie. Vous me raconterez la bataille de Fontenoy, vous me parlerez du maréchal de Saxe...