‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 55 sur 441 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

TÉLÉMAQUE

Ta fortune est perdue.

5EAUVAL FILS, hors de lui.

Après ?

Et les blancs... Malheureux jeune homme, les blancs ! Éloigne - toi , éloigne - toi , si tu veux vivre. Demain, je n'aurai plus rien à t'apprendre.

BEA UVAL FILS.

Les blancs!... Eh bien, les blancs? Tu en as trop dit pour ne pas achever.

TÉLÉMAQUE

J'en ai dit assez pour être entendu.

BEAUVAL FILS

Oui, je t'entends, cruel. Quel horrible dessein oses -tu concevoir !

TÉLÉMAQUE

Jeune homme, oserais-tu le blâmer?

BEAUVAL FILS

Tremper tes mains dans le sang de mon père !

TÉLÉMAQUE

Qui pardonne au coupable en devient le complice.

BEAUVAL FILS, sanglottant.

Grâce , grâce pour mon père !

TÉLÉMAQUE

Le jugement est porté. Il est irrévocable. XI. 7

gS LE BLANC ET LÉ NOIR.

BEA UVAL FILS.

Et, par un silence coupable*, je le livrerais à vos coups!

TÉLÉMAQUE

Je compte sur ta prudence.

BEAUVAL FILS

Dis donc sur ma férocité.

TÉLÉMAQUE

Tu es un traître si tu parles.

BEAUVAL FILS

Je suis un monstre si je me tais.

TÉLÉMAQUE

Tu foules à tes pieds l'humanité souffrante.

BEAUVAL FILS

Barbare , commande-t*elle un parricide ?

TÉLÉMAQUE

Permet - elle de sacrifier les opprimés à l'oppresseur ?

BEAUVAL FILS

Je ne discuterai pas ; je sauverai mon père.

TÉLÉMAQUE

Tu nous traînes au supplice.

BEAUVAL FILS, sortant.

J'en mourrai de douleur; mais j'aurai fait mon devoir.

TÉLÉMAQUE, le ramenant.

Jeune homme, écoutez-moi. L'enthousiasme vous égare : réfléchissez avant d'agir. Je vous ai confié un

ACTE III, SCÈNE VI. 99 secret dont vous ne devez l'aveu qu'à une estime que je croyais fondée. Je suis comptable au moindre noir de l'usage que vous ferez de ma confiance. Que dirai-je à ces malheureux , qui n'ont peut-être d'autre tort que de ne pas vous envelopper dans leur vengeance ? que direz-vous à l'aspect des tourmens où votre indiscrétion va les livrer ? Vous maudirez votre aveugle tendresse , vous en détesterez les funestes effets. Vos yeux ne se fixeront plus sur un noir, que votre ame, flétrie et humiliée, ne succombe sous le poids du remords. Laissez les considérations personnelles. Le véritable parricide est celui qui tue la liberté des nations. Consultez votre probité, les droits des hommes, la justice éternelle; interrogez votre conscience : voilà le juge incorruptible qu'il faut seul écouter.

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