ACTE III, SCÈNE V
BEAUVALFILS.
Tu l'accuses, et je ne puis te blâmer.
TÉLÉMAQUE
Non, je ne l'accuse plus.
BEAUVAL FILS
Quel étonnant sang- froid!
TÉLÉMAQUE
Ne faut-il pas se vaincre soi-même ?
Heureux encore l'infortuné qui en a le courage.
TÉLÉMAQUE
Malheur à qui ne l'a point ! L'homme le plus heureux n'est pas à l'abri des revers. Que lui reste-t-il lorsque la fortune l'abandonne ?
BEAUVAL FILS
L'active et compatissante amitié.
TÉLÉMAQUE
Oui , quand il n'a pas mérité son sort.
BEAUVAL FILS, l'examinant attentivement.
Mon ami, tu m'inquiètes.
TÉLÉMAQUE
Je suis calme.
BEAUVAL FILS
Ce calme est effrayant; il annonce la tempête.
TÉLÉMAQUE, avec abandon.
Quand on sait la prévoir, on doit s'y préparer.
BEA II VAL FILS
Que signifient ces mots entrecoupés, ce regard sombre, cette démarche incertaine? Malheureux, explique - toi ; ne me laisse pas davantage dans cet horrible anxiété. Parle , parle, par pitié pour ton ami. Que médites-tu ? que veux-tu ?
Te sauver.
BEAUVAX fils, avec effroi.
Me sauver î Hé î qui veux-tu perdre ?
TÉLÉM AQUE.
Beauval , l'air qu'on respire ici ne te convient plus. Éloigne -toi, seulement pour un jour. Il le faut, je t'en prie.
BEAUVAL FILS
Je ne te quitte point. Un secret affreux t'oppresse , il est prêt à s'échapper. Parle, au nom de l'amitié la plus tendre et la plus malheureuse.
TÉLÉMAQUE
Auras-tu la force de m'entendre?
BEAUVAL FILS
Je le crois.
TÉLÉM A Q U E , lui prenant la main.
Mon jeune ami, du courage, de la résignation. Je vais parler.
BEAUVAL FILS
Je frissonne.... Poursuis.