ACTE IV, SCÈNE III. m
nouvelle patrie. 'On ne trouve souvent qu'un moment pour l'amour. Ah! combien dureront encore ces cruelles alarmes ?
TÉLÉM A.QUE
Zamé, la liberté est douce; mais on n'y arrive souvent qu'à travers les écueils.
ZAMÉ
Si ce passage est nécessaire, il est au moins bien douloureux. O hommes! ne parviendrez- vous à vous entendre qu'en commençant par vous déchirer?
TÉLÉMAQUE
Ils ont justifié nos excès.
ZAMÉ
Ils sont vaincus ; cette retraite est sûre : il est si doux de pardonner!
TÉLÉMAQUE, avec force.
Pardonner à des tigres !
ZAMÉ
Veux-tu leur ressembler ?
TÉLÉMAQUE, avec sentiment.
Ah! par grâce, Zamé, ne t'expose pas au juste mépris de tes compagnes. Vois ces femmes, qui, dans la chaleur du combat , intrépides et calmes auprès de leurs époux , ont, par d'incroyables efforts, déterminé la victoire; vois-les, te dis -je, animées du plus beau zèle, se préparer à de nouveaux dangers. Et toi, toi à qui je confiais le dépôt et le soin de ma gloire, tu tromperais un si doux espoir ! Incertaine et tremblante,
tu voudrais m'inspirer tes alarmes et ta faiblesse
Ah ! Zamé , Zamé !
ZAMÉ
Ma faiblesse ! N'est-il donc de grandeur qu'au milieu du carnage? Vois, à ton tour, ce jeune et sensible Beauval. La mort ne l'effrayait point ; elle volait autour de lui ; il ne voyait que ses victimes. Avare du sang des hommes, il ne pensait qu'à arrêter celui qui coulait de leurs blessures. Que d'infortunés ses généreux soins soulagent en ce moment! Combien il va en rendre à la vie! Cette gloire simple et douce, moins brillante, mais plus vraie, est -elle indigne de toi?
TJÉLÉMAQUE, reprenant son énergie.
Beauval avait-il des fers à rompre, une maîtresse à venger?
ZAMÉ
Ah! tu m'as trop vengée.
TÉLÉMAQUE, s'échauffant par degrés jusqu'à la fureur.
Mathieu, l'infâme Mathieu a reçu la mort de moi, de moi qu'il a mille fois outragé. Je n'avais plus qu'un coup à porter, et j'étais satisfait. Dans la mêlée , j'avais entrevu Beauval père; il semblait me défier, et déjà je m'ouvrais un passage pour arriver jusqu'à lui. Un gros de combattans nous éloigne l'un de l'autre , et nous ravit le plaisir cruel de nous entr'égorger. Il reviendra sans doute ; je l'attends avec impatience. Tes tourmens qu'il ordonna de sang-froid, ces tourmens qui ont brisé mon ame, ces tourmens toujours présens à ma mémoire , voilà le gage d'une haine im-