‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 9 sur 441 · SCÈNE IIL BEAUVAL FILS, MATHIEU · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL BEAUVAL FILS, MATHIEU

MATHIEU, s' essuyant le visage.

Il faut que ce terrain soit préparé aujourd'hui. Il y a beaucoup à faire ; mais quelque peu de sueur encore , et demain cette partie sera plantée. Bon jour , M. Beauval.

BEAUVAL FILS, sèchement.

Bon jour, monsieur.

MATHIEU, descendant les rochers.

Il fait horriblement chaud aujourd'hui.

BEAUVAL FILS

Vous VOUS plaignez , vous , qui n'avez que des ordres à donner ! Que peuvent dire ceux qui les exécutent ?

MATHIEU

Ce sont des noirs.

BEAUVAL FILS

Ce sont des hommes.

Oh ! nous allons recommencer nos éternelles disputes. Je vous l'ai dit, monsieur, je ne suis pas philosophe.

BEAUV AL FILS.

Hé, monsieur! jamais je ne vous ai soupçonné de l'être.

MATHIEU

Savoir planter à propos , récolter dans le bon temps , vendre cher , acheter bon marché : voilà ma philosophie à moi, et c'est la véritable, puisqu'elle mène à la fortune. Je ne crois pas que la votre ait jamais enrichi personne : aussi, ne fais-je pas grand cas de ces principes nouveaux , qu'à la vérité je n'entends pas trop.

BEAUVAL FILS

Je le crois.

MATHIEU

Je ne pense jamais, moi, cela fatigue ; et, pour tirer du temps un parti plus avantageux, pour éviter des distractions, ennuyeuses à la longue pour un propriétaire, j'ai défendu aux nègres de penser.

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