SCÈNE VIL j
LA MÈRE THOMAS
Qu'appelez -VOUS le renvoyer! un infortuné que la providence jette dans mes bras ! je laisserais à un autre le plaisir de lui faire du bien ! Non pas, non ; il restera avec nous.
FULBERT, sautant.
Me voilà de la maison.
LA MÈRE THOMAS
Dis-moi , mon garçon , sais-tu travailler à la terre ?
FULBERT
Je ne m'en doute pas. Mais, avec de la jeunesse et de la bonne volonté, on fait tout ce qu'on veut.
LA MÈRE THOMAS
C'est ça, mon garçon, c'est ça. Le père Thomas se fait vieux, il a besoin d'être aidé; les bras sont rares, tu travailleras avec lui. Tu auras un peu de peine...
FULBERT
Oh! j'y suis accoutumé.
LA MÈRE THOMAS
Mais, le soir, on rentre gaiement, on soupe de bon appétit, et puis la veillée. Le père Thomas prend son gros livre ; je file , en chantant la petite chanson ; Cécile tricote et fait chorus. Je ne parle pas de Lise : fille qu'on marie est perdue pour sa mère. ( Une larme.) Mais, enfin, c'est pour son bien. Toi, tu nous conteras tes naufrages et tes combats. A la fin de la semaine, on se rassemble dans la prairie; cha-
lo.
i48 LE PETIT MATELOT.
cun porte son plat; on rit, on court, on danse. C'est là que les jeunes gens arrangent leurs mariages, et que les vieillards se félicitent de s'être mariés.
FULBERT
Bien travailler, bien se divertir, et prendre le temps comme il vient, c'est ma devise à moi.
LA MÈRE THOMAS
Il est charmant, il est charmant.
CÉCILE
Tout est prêt , maman. Allons , Fulbert.
( Elle le prend par la main. ) FULBERT.
Je ne vous remercie pas; mais je vous aime. Vos tendres soins sont gravés là.
LA MERE THOMAS
Hé! mon Dieu!... J'oubliais... Dame, on ne peut pas penser à tout à la fois. Et ce vaisseau qui est ouvert; et son père qui est resté dessus; et les autres... S'il était encore temps de leur porter du secours... Je vais soigner cet enfant, le père Thomas finit avec le notaire. Voyez cela , Bazile , Toyez cela.