‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 13 sur 82 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Tout ce qui brille nest pas or.

C'étaient mesdames d'Allival et Valport, que m'amenait le gros du Reynel. Elles entrent, suivies des deux hommes avec qui je les ai trouvées, à certaine maison de poste... ils ont l'air interdit; ils regardent tout avec étonnement. Ah , peutêtre ont-ils cru , en rencontrant deux femmes enveloppées dans des draps et des serviettes, avoir affaire à deux folles. Il y a bien quelque chose de cela , et à deux folles avec qui on peut tout se permettre , ce qui est vrai encore , et ce que semble démentir la somptuosité qui nous environne. Ces messieurs ressemblent peut-être à ce bon paysan , qui demandait , avec naïveté, si une prin-

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cesse il des organes comme sa femme , et vous remarquerez que le mot organe n'est pas celui qu'il employa. Au reste, nous saurons qui sont ces messieurs.

Il fallut commencer par essuyer une mercuriale , que m'adressèrent très-sérieusement ces dames, sur l'incivilité avec laquelle je les avais abordées, dans cette auberge , sur le peu d'attentions que je leur avais accordé , sur la brusquerie avec laquelle je les avais quittées. Je me gardai bien de communiquer mes motifs, et je passai condamnation sur tous les points : c'est un moyen sûr d'abréger. Je sollicitai un pardon qui me fut aisément accordé. Les bonnes femmes! et je regardai leurs nouveaux compagnons de voyage, de cet air qui équivaut à une interrogation. « Le hasard « nous a bien servies, dit madame de Valport. » Dans les circonstances difficiles c'est toujours elle qui porte la parole , pour elle et la compagne de ses distractions. «Je conçois, mesdames, répon- « dis-je , combien il peut être agréable de rencon- (c trer ces messieurs. — Indépendamment de leurs « qualités personnelles , ils ont près de nous des « titres qui leur assurent , de la part de madame « d'Ermeuil , la plus amicale réception. L'un est «mon beau-frère, l'autre est le cousin -germain « de madame d'Allival. » Et moi d'examiner les deux parens jusqu'au fond de l'ame , en leur adressant une profonde inclination.

Je vis de l'embarras , beaucoup d'embarras dans

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le maintien de ces messieurs , et dans la manière dont ils répondirent à quelques mots polis, qu'on donne à l'usage, et qui par cela même ne signifient rien.

Du Reynel aimait à jouir par anticipation, et cette jouissance-là était, pour lui, à l'office, et lieux circonvoisins. S'il fût resté, je me serais défié de lui : je le savais causeur, comme tous les gens sans passion, qui n'ont rien à dissimuler, rien à prévoir, et qui ne se donnent pas même la peine de réfléchir. En son absence , je ne voyais pas d'inconvénient à m'amuser du beau-frère , du cousin, et de leurs dignes parentes, qui, en arrivant, avaient joué avec moi les grands airs, sans doute pour que je ne soupçonnasse pas le plaisir que je leur avais fait, en les laissant libres d'arranger cette troisième partie : je suis si borné !

Je connaissais assez superficiellement les deux dames, et rien du tout de leur parenté. Il ne m'était donc pas possible de faire une question fondée ; mais répondre affirmativement sur un être idéal, n'est-ce pas se démasquer tout-à-fait? Je débutai par demander au beau-frère des nouvelles de son oncle le président. Il me répondit qu'il se portait à merveille. Je demandai au cousin si madame son épouse était tout -à-fait rétablie des suites de l'opération césarienne. Il me dit, d'un petit ton, assez intéressant , qu'elle était encore languissante. Je regardai ces dames : elles étaient rouges, non de celui qui sied si bien a

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